Etudes

« Regarde maintenant la barque de ton père Dominique, mon fils bien-aimé, et vois avec quel ordre parfait tout y est disposé. Il a voulu que ses frères n’eussent point d’autre pensée que mon honneur et le salut des âmes, par la lumière de la science » (Sainte Catherine de Sienne, Dialogue, ch. 5). Cette lumière que le fils de saint Dominique veut verser dans le cœur des hommes pour les guider vers le Christ, il doit en être lui-même rempli. Avant de communiquer la lumière, nous sommes nous-mêmes d’humbles quêteurs de lumière.

 

Une quête de la lumière

Toute notre vie religieuse est au service de cette quête : la célébration solennelle des saints mystères, la vie fraternelle communautaire avec sa discipline claustrale, les oraisons secrètes, l’étude des sciences sacrées. Ce programme de vie est celui-là même que les Apôtres ont choisi et pratiqué. « Ils se montraient assidus, dit l’Écriture (Ac 2, 42), à l’enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières ». Or, le premier fondement de la vie apostolique, c’est une didakè, une doctrine, un enseignement reçu des Apôtres et qu’il s’agit de transmettre. À ce titre, l’étude des sciences sacrées tient une place essentielle dans la vie de la Fraternité. Elle est non seulement un moyen en vue de la fin apostolique que nous visons, « le témoignage rendu à l’Évangile et sa prédication » (Constitutions, n° 2), mais plus profondément, elle est le milieu, l’“écosystème” de notre vie religieuse contemplative.

La Fraternité ne forme pas un collège d’érudits, une école philosophique, une société savante, mais une communauté d’apôtres qui, par la bouche, la plume, les mains, les pieds (le prêcheur est un marcheur !) et, surtout, l’intelligence et le cœur, veulent communiquer la bonne nouvelle du salut, répandre la lumière qu’ils ont eux-mêmes mendiée et reçue.

 

La formation dans la Fraternité

La formation intellectuelle débute dès les premiers temps de probation (postulat, noviciat), où l’on se familiarise avec les sources de la vie religieuse authentique : les saintes Écritures, les docteurs de la vie spirituelle, la sainte liturgie (en particulier le psautier et le chant grégorien), l’étude des Constitutions de la Fraternité, etc.

Après les premiers vœux commence le cycle de philosophie (trois ans), où l’esprit, à l’écoute des auteurs anciens et modernes, s’exerce à scruter le réel sous ses différents aspects : philosophie de la nature, logique, morale et politique, métaphysique, ou encore philosophie de l’art, philosophie des sciences, etc. En un mot, tout ce qui intéresse la vie de l’homme. Le cycle de philosophie est une préparation à l’étude de la « doctrine sacrée » qu’est la théologie révélée. Les disciplines naturelles, dont la théologie use comme de servantes, sont nécessaires au prédicateur, car elles « sont efficaces pour défendre la foi, détruire les erreurs, comprendre les Saintes Écritures, affiner l’intelligence, remuer les cœurs, soutenir la foi » (bienheureux Humbert de Romans, De la vie régulière).

L’étude de la théologie sacrée constitue le cœur de la formation intellectuelle et spirituelle des frères (cycle de quatre ans). Le but est d’entrer dans une vue de sagesse qui permette, à la lumière des raisons divines, d’entrer dans le mystère du Dieu Un et Trine, Créateur et Sauveur, de comprendre le sens de la vie de l’homme ici-bas et du projet de Dieu sur lui. Ce regard théologique qui embrasse toute la réalité s’abreuve à la source supérieure de la révélation transmise par la tradition et l’Écriture. Il reçoit sa norme du magistère de l’Église. Le maître de ces études est saint Thomas d’Aquin, dont étudiants et professeurs doivent s’efforcer de suivre la méthode, la doctrine et les principes. Les cycles de philosophie et de théologie sont complétés par toutes les disciplines nécessaires à une solide culture ecclésiale (patristique, droit canon, histoire de l’Église, langues anciennes et modernes, etc.).

 

Étude et vie religieuse

Après cette période de formation, le travail intellectuel ne disparaît pas, mais devient une des ressources fondamentales de la vie des frères. À l’exemple de saint Dominique, les frères doivent s’y adonner, « de sorte que de jour et de nuit, à la maison et en voyage, ils soient toujours occupés à lire ou à méditer quelque chose, s’efforçant de retenir par cœur tout ce qui est possible » (Constitutions, n° 66).

L’étude, loin de distraire de Dieu, est l’occasion et le moyen de revenir sans cesse au Christ. « Pendant que vous étudiez, arrêtez-vous fréquemment. Pour un instant, recueillez-vous et cachez-vous dans les plaies de Jésus. [...] Puis revenez à l’étude ou à la lecture et de nouveau à la prière, combinant les deux exercices. Par cette alternance vous aurez le cœur plus fervent dans la prière et l’esprit plus éclairé dans l’étude » (saint Vincent Ferrier, Traité de la Vie spirituelle). L’étude introduit le prêcheur dans une attitude spirituelle résolument contemplative, dont Marie, Trône de la Sagesse, est le modèle, elle qui « gardait et méditait toutes ces choses dans son cœur » (Lc 2, 19).

Cette étude, toute à l’écoute du Maître – « Ramenez au Christ vos lectures et vos études dont vous lui parlerez et dont vous lui demanderez l’intelligence » (saint Vincent Ferrier, op. cit.) – façonne le cœur du prédicateur, y fait brûler le zèle apostolique et lui donne les instruments de son apostolat qui consiste, selon le mot de sainte Catherine de Sienne, à « persuader la vie éternelle ».