Charisme dominicain

Dans l’Église, l’initiateur d’une nouvelle forme de vie religieuse possède toujours une grâce particulière qu’il transmet à ses enfants. Il lui est donné de comprendre certains des besoins spirituels de ses contemporains, mais aussi des hommes de tous les temps, et de trouver les moyens d’y répondre. Il peut alors, guidé par l’Esprit Saint, et dans l’obéissance à la hiérarchie de l’Église, proposer aux hommes une nouvelle manière d’imiter le Christ et de travailler à sa suite « pour l’honneur de Dieu et le salut des âmes » (sainte Catherine de Sienne). Cette nouvelle manière de mener la vie chrétienne, le saint fondateur la manifestera d’abord et surtout en lui-même. Il la transmettra à d’autres en vertu d’une grâce qui lui est donnée, non seulement pour lui mais pour ses enfants. C’est ce que l’on appelle son charisme de père et de fondateur.

 

En quoi consiste essentiellement le charisme dominicain ? Saint Dominique était un contemplatif et un apôtre, un homme de prière et de parole. Il voulait procurer le salut de ses frères par « la lumière de la science » (sainte Catherine de Sienne,Dialogue), en déversant dans leurs cœurs le trop-plein de sa contemplation lumineuse et ardente. Il voyait bien, d’ailleurs, que, en son temps, deux grands maux faisaient obstacle au salut des âmes : l’ignorance religieuse, celle du clergé d’abord, et du peuple chrétien ensuite, ainsi que l’attachement excessif aux richesses, aux biens matériels dont la société féodale avait enrichi l’Église. Sur ce fond d’ignorance, d’erreur et d’avarice, les hérésies se multipliaient. Pour les combattre et faire briller aux yeux des hommes la vraie lumière du Christ, Dominique voulut une armée de prêcheurs qui, à l’exemple des apôtres, s’en iraient annoncer la vérité de l’Évangile dans la pauvreté volontaire. Il choisit donc pour eux une forme de vie religieusemendiante : les frères prêcheurs, tout comme les frères mineurs de saint François, ne posséderaient aucun revenu et ne vivraient que d’aumônes. En outre, ils devraient étudier assidûment la science sacrée pour être en mesure de la transmettre par leur prédication. Le travail manuel de la tradition monastique était donc remplacé par l’étude. Mais, pour que la parole du frère prêcheur puisse toucher les cœurs, il faut qu’elle découle de l’abondance d’une contemplation aimante du Christ. Pour éclairer, il faut brûler. Dominique voulut donc encore pour ses fils une vie conventuelle vraiment contemplative, avec toutes les observances traditionnelles qui favorisent et protègent la contemplation : une certaine clôture, le silence, la célébration solennelle de la liturgie, l’oraison mentale, la lectio divina. La vie commune, avec ses épreuves et son réconfort, devait enfin garder les frères prêcheurs de tout individualisme dans leur action apostolique et leur offrir une continuelle émulation dans la poursuite de la sainteté, avec cette note de joie lumineuse si caractéristique des fils de saint Dominique.

 

Tels sont les traits principaux du charisme dominicain, que la Fraternité Saint Vincent Ferrier s’efforce de réaliser et de vivre, en notre temps marqué par un matérialisme jouisseur, qui pousse les cœurs au désespoir, et un relativisme qui prétend enchaîner les intelligences en leur ôtant le goût et jusqu’à la notion même de la vérité : vie conventuelle pauvre, pénitente, et vraiment contemplative ; étude assidue de la science sacrée – Écriture Sainte, philosophie, théologie – selon la sagesse de saint Thomas d’Aquin ; prédication mendiante, sous toutes les formes qui sont compatibles avec la vie en communauté dans un couvent : prédications d’Avent et de Carême, retraites fermées, catéchisme, cours, sessions, articles, revue de formation, pèlerinages, camps d’été, etc. À l’instar de saint Dominique, les frères de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier veulent porter l’Évangile partout avec eux, dans leur cœur pour le méditer, dans leur bouche pour le prêcher. Et, comme saint Vincent Ferrier, ils prennent le bâton du voyageur et du pèlerin pour aller annoncer le Christ partout où il plaira à Dieu de les envoyer.