Nous vous transmettons ci-dessous un bel article, signé Richard de Seze pour Monde & Vie, consacré aux futures stalles de notre église conventuelle.

Tous les frÚres de la communauté vous souhaitent une sainte nuit de Noël !

Le chƓur, jardin de la Vierge

En 2023, la FraternitĂ© Saint-Vincent-Ferrier consacrait son maĂźtre autel avec le retable sculptĂ© par Remy Insam, dans un style gothique du Tyrol. Cette annĂ©e, les colonnes de la nef de l’église ont Ă©tĂ© ornĂ©es de bandes de fausse pierre noires et blanches, alternĂ©es, dans le plus pur style italien. Et bientĂŽt le chƓur sera pourvu de stalles gothiques, et d’une chaire, placĂ©e Ă  la sĂ©paration de la nef et du chƓur : « De sorte que le frĂšre prĂ©dicateur soit considĂ©rĂ© comme un canal par lequel l’Église transmet l’enseignement de la tradition et des docteurs Ă  l’Église militante Â», comme l’explique Anthony Delarue, l’architecte du projet.

Consécration de l'autel en 2023

Car il a le sens de l’architecture sacrĂ©e : « Partant du gothique de l’autel nous avons adaptĂ© le niveau de dĂ©coration : le chƓur n’est pas un lieu de sacrement, et donc doit ĂȘtre plus sobre, conforme Ă  son rĂŽle. Cette hiĂ©rarchie descend de l’autel jusqu’à la nef, et reprĂ©sente, en termes physiques, la totalitĂ© de l’Église – triomphante, souffrante et militante. Â» Pas de dorures pour les stalles, mais du chĂȘne patinĂ©, plus sombre, plus chaste, moins glorieux.

On pourrait craindre le mĂ©lange des styles mais non, justement : la variĂ©tĂ© des styles est le symbole mĂȘme du passage du temps, de la continuitĂ© ; la variĂ©tĂ© des influences, celle de l’universalitĂ© de l’Église, proprement inclusive. Mais ce gothique, quand mĂȘme, n’est-on pas dans le pastiche ? « Pas du tout ! Ce travail fait partie d’une longue tradition de menuiserie en chĂȘne massif, une tradition sans rupture. Au niveau stylistique, les dĂ©tails et les formes, mĂȘme dans une tradition gothique, restent simples et de nos jours, du XXIe siĂšcle avec les racines passant par le mouvement liturgique au XXe, quand j’ai appris mon mĂ©tier. Personne ne pourrait les confondre avec des stalles anciennes ! Â» Anthony Delarue parle en expert puisqu’il restaure depuis plus de trente ans nombre de stalles anciennes, et parfois conçoit de nouveaux ensembles, comme celui de Wigratzbad.

C’est lĂ  qu’il a rencontrĂ© en 2023 le PĂšre Augustin-Marie Aubry, le prieur de la FraternitĂ© Saint-Vincent-Ferrier. InvitĂ© Ă  sĂ©journer Ă  ChĂ©merĂ©-le-Roi, il a imaginĂ© en quelques mois un projet de plus de trente stalles. Le projet, validĂ© en chapitre en 2024 (« La FraternitĂ© Saint-Vincent-Ferrier est composĂ©e d'hommes qui savent ce qu'ils veulent et qui ne demandent rien avant d'y avoir longuement rĂ©flĂ©chi ! Â» salue l’architecte), a Ă©tĂ© lancĂ© il y a plus d’un an : appels d’offres auprĂšs des entreprises habituĂ©es Ă  travailler sur le patrimoine, visite de six menuiseries, choix en 2025 des ateliers Aubert-Labansat, sis Ă  Coutances, « entreprise de restauration de monuments historiques Â», qui a participĂ© au grand chantier de Notre-Dame de Paris en reconstruisant l’escalier de la flĂšche. 

Un panneau des futures stalles

C’est Ă  Coutances que chaque piĂšce  – en chĂȘne sarthois, sciĂ© en Mayenne : un projet localiste ! –est taillĂ©e et assemblĂ©e au moment idoine (« le bois est Ă  14% d’humiditĂ©, on attend qu’il soit Ă  11% Â» explique le chef des ateliers) ; que chaque sculpture est rĂ©alisĂ©e, aprĂšs avoir validĂ© les modĂšles en argile, pour les plus dĂ©licates, comme les grands motifs vĂ©gĂ©taux, fleurs et fruits, qui dĂ©coreront les jouĂ©es des stalles. « Le chƓur est le jardin de la Vierge et sa dĂ©coration “traduit” le texte de l’offertoire de la messe du Rosaire. Â», prĂ©cise le PĂšre Aubry. ObaudĂ­te me, divĂ­ni fructus, et quasi rosa plantĂĄta super rivos aquĂĄrum fructificĂĄte : quasi LĂ­banus odĂłrem suavitĂĄtis habĂ©te (« Ă©coutez-moi, mes pieux enfants, et grandissez comme la rose au bord d’un cours d’eau. Comme le Liban rĂ©pandez une bonne odeur Â»).

Les stalles seront installĂ©es en juillet 2026, aprĂšs un assemblage “en blanc” au printemps : pour vĂ©rifier au millimĂštre prĂšs que tout est en place : invisibles, mais primordiaux, la qualitĂ© des matĂ©riaux et l’excellence des savoir-faire, qui remontent au Moyen Âge, garantissent que les stalles dureront des siĂšcles. ForĂȘts sĂ©culaires, traditions mĂ©diĂ©vales et liturgies anciennes se conjugueront pour que l’enseignement de la tradition se dĂ©ploie aujourd’hui.

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S’inscrire dans la tradition.

Anthony Delarue est membre du Traditional Architecture Group du Royal Institute of British Architects. « J’ai eu la chance, Ă©levĂ© en Angleterre, d’ĂȘtre Ă  l’école prĂšs d’une grande Ă©glise mĂ©diĂ©vale, et chaque matin nous Ă©tions dans les stalles pour le rassemblement, donc l’esprit de chƓur fait partie de ma formation. J'en suis trĂšs reconnaissant Ă  la Providence. Â» Dans un entretien Ă  l’Oscottian Magazine, A. Delarue expliquait : « La seule chose que je n’ai jamais apprise est le modernisme, quoi que cela puisse ĂȘtre. Â» Car il a travaillĂ© Ă  la restauration du sĂ©minaire anglais St Mary's College, Ă  Oscott, prĂšs de Birmingham : « la chapelle, conçue par le cĂ©lĂšbre architecte XIXe anglo-français, Augustus Pugin, contient des stalles flamandes du XVIe siĂšcle. Celles-ci ont une rangĂ©e de pinacles, contre le mur, que j’ai adoptĂ©e Ă  ChĂ©merĂ©. Ça sert Ă  adoucir une ligne dure horizontale. Â» RĂ©sumons-nous : la tradition offre des solutions.

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