Nous publions ces conseils donnés par un père abbé à un jeune homme, pour l’aider à discerner sa vocation. Ils prennent la forme, traditionnelle chez les Pères orientaux, d’une série de brefs apophtegmes. On intitule ce genre littéraire « centurie », même si le nombre des points évoqués n’atteint pas la centaine. Paru dans Sedes Sapientiæ n°136.

LA PRIÈRE

1. Les frères interrogèrent abba Agathon : « Quelle est, parmi les bonnes œuvres, la vertu qui comporte le plus d’effort ? » Il leur dit : « Pardonnez-moi, je crois qu’il n’y a pas d’effort comparable à celui de prier Dieu. Chaque fois en effet que l’homme désire prier, les ennemis veulent l’en arracher. Car ils savent qu’ils n’entraveront sa marche qu’en le détournant de la prière. Pour toute autre œuvre bonne qu’un homme entreprend, en y persévérant, il acquiert de la facilité. Mais, pour la prière, jusqu’au dernier soupir il a besoin de lutter. » (Abba Agathon 9, collection alphabétique, 91).

 

2. La prière chrétienne est eschatologique [1]. Elle guette le lever du jour sans déclin. C’est pourquoi elle se vit idéalement et symboliquement sur le rythme du passage de la nuit au jour. La prière chrétienne est nocturne et matinale. Il faut prier longuement le matin, avant toutes les autres activités. Dans le domaine de la prière, ce qui n’est pas fait avant neuf heures du matin a toutes les chances de ne pas être fait. Toutefois, s’il n’est pas possible de prier le matin, il est important de prendre du temps pendant la journée.

 

3. Les soirées, les couchers tardifs, les activités du soir compromettent gravement le rythme de la prière matinale. Une ascèse de vie est nécessaire pour se maintenir frais et dispos pour la prière.

 

4. La prière se vit sur un rythme à deux temps : prière liturgique et prière silencieuse. La liturgie est première ; l’oraison silencieuse est seconde. Tout ce qui est reçu dans la liturgie doit être digéré et assimilé dans la prière silencieuse.

 

5. L’office romain est bref et facile. Il serait utile de s’y attacher et de s’y habituer.

 

6. L’iconographie est nécessaire pour la prière chrétienne. Les saintes icônes (celles d’Orient et celles d’Occident) sont l’objet d’un concile œcuménique (Nicée II en 787). L’icône est la vision de Dieu à la portée des aveugles spirituels que nous sommes. Une icône du Christ Pantocrator et une belle icône de la Mère de Dieu dans le même style peuvent constituer une « iconostase » théologiquement juste.

 

7. Le Saint-Sacrement, surtout le Saint-Sacrement exposé, condense toute l’iconographie de l’Occident. Prier longuement et fidèlement, envers et contre tout, devant le Saint-Sacrement transforme un homme en profondeur. Je suis sûr de ce que je dis. Au bout d’une année d’intense et fidèle adoration du Saint-Sacrement, la vie devient autre, elle est modifiée par la proximité et l’intimité avec le Christ.

 

8. « Je l’avise et il m’avise. » Tu connais l’histoire de Chaffangeon qui restait de longs moments à « aviser » le Saint-Sacrement, dans le fond de l’église d’Ars. Le fait que le saint Curé parlait souvent de cette petite histoire, pour faire comprendre la prière, est très révélateur. « Pour la prière, tout est là », disait le saint Curé.

 

9. Le temps que nous consacrons à la prière est le révélateur de l’amour que nous portons envers Dieu. Le Catéchisme s’exprime de cette façon : « Le choix du temps et de la durée de l’oraison relève d’une volonté déterminée, révélatrice des secrets du cœur. On ne fait pas oraison quand on a le temps : on prend le temps d’être pour le Seigneur, avec la ferme détermination de ne pas le Lui reprendre en cours de route, quelles que soient les épreuves et la sécheresse de la rencontre. On ne peut pas toujours méditer, on peut toujours entrer en oraison, indépendamment des conditions de santé, de travail ou d’affectivité. Le cœur est le lieu de la recherche et de la rencontre, dans la pauvreté de la foi. » (CEC, n° 2710).

 

10. Pendant la journée, pendant nos activités les plus diverses, qu’elles soient faciles ou difficiles, qu’elles soient joyeuses ou douloureuses, qu’elles soient des activités de détente ou des activités de travail, il faut sans cesse pratiquer la « prière de Jésus ». C’est ainsi qu’on apprend à pratiquer la prière perpétuelle et à vivre continuellement en présence de Dieu.

 

11. Voici ce que disait le cardinal François-Xavier Van Thuan : « Toutes ces prières brèves, liées l’une à l’autre, forment une vie de prière. Comme une chaîne de gestes discrets, de regards, de paroles intimes, forment une vie d’amour. Elles nous maintiennent dans une vie de prière sans nous détacher du devoir présent, mais en nous aidant à sanctifier toute chose. » (Témoins de l’espérance, p. 154).

 

12. Il est bon de connaître par cœur les grandes prières traditionnelles de l’Église et de les redire le plus souvent possible. Je pense au Veni Creator, au Veni sancte Spiritus, à l’Adoro te devote, à l’Ave maris stella, etc.

 

13. Voici ce que disait encore le cardinal François-Xavier Van Thuan : « On ne peut imaginer la force qu’impriment dans nos cœurs les prières de la liturgie. Quand je me sentais déprimé, en prison, je chantais l’hymne des vêpres des martyrs (Sanctorum meritis) et c’était chaque fois comme une puissante injection d’Esprit Saint qui me redonnait de la force. » (Témoins de l’espérance, p. 159).

 

14. Nous avons en nous un instinct spirituel qui nous dit que la prière est toute-puissante auprès de Dieu. C’est pourquoi il nous est difficile de prier dans la tentation ; en effet, nous ne souhaitons pas toujours que Dieu exauce notre prière. Les grâces de Dieu ne nous intéressent pas spécialement. Il faut beaucoup prier lorsque nous sommes sereins, afin d’avoir le courage de prier à l’heure de la tentation.

 

15. La prière du rosaire est une pratique d’une grande importance. C’est généralement en priant le rosaire que nous entretenons une relation vivante avec la Mère de Dieu. Voici ce que disait saint Mutien de Malonne : « Pour ce qui est de la dévotion à la très sainte Vierge, je vous rappelle ceci : je considère le chapelet comme une chaîne qui nous lie à la Reine du ciel... Je le considère aussi comme un bouquet de fleurs offert à Marie. Oh ! que nous serons heureux dans nos derniers moments si nous pouvons nous rendre le témoignage d'avoir offert à Marie, tous les jours de notre vie, tous ces bouquets formés des roses cueillies sur les mystères du Rosaire ! »

 

16. Je te conseille de porter la médaille miraculeuse. Elle est vraiment miraculeuse. Par la médiation de cette médaille, on peut entrer dans une relation profonde avec la Vierge immaculée. Le privilège de l’Immaculée Conception est un des mystères du salut. L’Immaculée a reçu la mission d’écraser la tête des serpents venimeux et des dragons qui rampent dans les tréfonds de nos âmes. Il faut rappeler chaque jour à la Vierge Marie les paroles qu’elle a elle-même confiées à sainte Catherine Labouré : « Venez au pied de cet autel. Là, les grâces seront répandues sur toutes les personnes qui les demanderont avec confiance et ferveur » (18 juillet 1830) ; et : « Faites, faites frapper une médaille sur ce modèle. Les personnes qui la porteront avec confiance recevront de grandes grâces » (27 novembre 1830).

 

17. Lorsqu’on se met au service du Christ, on reçoit aussi la mission d’être témoin du Christ devant les autres chrétiens et devant tous les autres hommes. Pour ce qui regarde la connaissance du Christ, il faut veiller à « avoir plusieurs encablures d’avance » (maître des novices de Sept-Fons) sur les personnes à qui on s’adresse, sinon on témoigne de ce qu’on ne connaît pas. C’est dans la prière, c’est devant le Saint-Sacrement qu’on prend de l’avance sur les autres. Cor ad cor loquitur – le cœur parle au cœur, était la devise du bienheureux John Henry Newman. Il avait trouvé cette devise chez saint François de Sales.

 

18. « Le contact avec les incroyants dévoile qu’il y a en eux des forces qui les retiennent… Il ne s’agit pas tellement de discuter, mais de les arracher à quelque chose… Il ne s’agit pas seulement de convaincre des intelligences, mais de vaincre des puissances. Ce combat se livre dans la prière et la pénitence. C’est ainsi que le monde se convertit. Tout le reste est activisme, vaine parole, vaine discussion. » (cardinal Daniélou, extrait de « La femme victorieuse du serpent », bulletin du cercle Saint Jean-Baptiste, mars 1954, p. 5).

 

19. L’idéal serait de garder ces dispositions en tout temps et en toute circonstance. Des tempêtes dépressives peuvent s’abattre sur toi. Pendant ces périodes orageuses, il vaut mieux ne pas faire trop d’effort et se contenter du strict minimum.

 

 

LA CHASTETE

 

20. L’engagement à la chasteté consiste à réserver pour le Christ seul et son Église tout l’amour que l’on pourrait donner à une femme et à des enfants. La chasteté est donc très étroitement liée à la prière, car c’est dans la prière que se tisse la relation d’amour avec le Christ.

 

21. On disait du saint Curé d’Ars que « la chasteté brillait dans ses yeux ». La statue du Curé d’Ars en extase devant le Saint-Sacrement, sculptée par Cabuchet, pourrait être comprise comme une icône de la chasteté. La chasteté est d’abord une affaire de regard.

 

22. L’engagement dans le célibat consacré est l’obstacle le plus grand que certains rencontrent face à la vocation. Il faudrait considérer l’aspect positif de cet obstacle. C’est une vie de prière très intense (beaucoup plus intense que celle de certains prêtres, hélas), qui te permettra de vivre joyeusement ta réponse à une vocation. En ce sens, l’obstacle dont nous parlons devient une grande grâce.

 

23. Si tu n’es pas disposé à mener, dès maintenant, le rude combat de la prière, il vaut mieux renoncer à toute perspective de vie consacrée. La vraie prière conduit à la vision du Christ transfiguré et ressuscité. Tout comme la lune s’efface lorsque paraît le soleil, ainsi la beauté du mariage s’efface lorsque le Christ commence à se lever dans le cœur d’un homme.  C’est cela, la chasteté.

 

24. Saint Ambroise disait de la chasteté : habitatio eius in cœlis est – sa demeure est dans les cieux. C’est normal, puisqu’elle est liée à la vision du Christ glorieux, élevé au plus haut des cieux. La chasteté est une réalité d’en haut, elle ne peut donc pas être comprise par les gens de ce monde. Le monde réduira toujours la chasteté à la continence. Celui qui ne connaît pas le Christ ne peut pas faire autrement.

 

25. La chasteté inclut la continence, mais elle la dépasse aussi infiniment. La continence seule est une abstinence, elle est un barrage (qui cédera tôt ou tard). La continence seule est une amputation.

 

26. Dans le célibat vécu pour le royaume de Dieu, l’éros n’est pas écrasé, mais transformé, transfiguré. C’est pourquoi saint Jean Climaque a pu écrire : « Que l’éros physique soit pour toi un modèle dans ton désir de Dieu. » (Echelle sainte, degré 26, 34) Et encore : « Heureux celui qui n’a pas une passion moins violente pour Dieu que celle de l’amant pour sa bien-aimée. » (Échelle sainte, degré 30, 11).

 

27. Voici ce qu’écrivait saint Maximilien Kolbe : « Quand vous avez conscience d’avoir commis une faute même grave, fréquemment répétée, ne vous laissez jamais tromper par le démon en vous décourageant. Mes chers fils, que chaque chute, même la plus grave et la plus répétée, soit toujours pour vous comme une marche d’escalier et vous serve seulement à atteindre une perfection plus grande. C’est pour cela que l’Immaculée permet la chute. » (saint Maximilien Kolbe, Lettre de Shangaï, aux frères de la Mugenzai, le 9 avril 1933).

 

28. Il faut être fidèle à l’enseignement de saint Maximilien Kolbe. On peut perdre l’amitié de Dieu en quelques secondes, mais on peut aussi retrouver cette amitié en quelques secondes. Dès qu’une faute contre la chasteté a été commise, il faut aussitôt se relever et reprendre la vie chrétienne avec d’autant plus d’ardeur, sans culpabiliser.

 

29. Dans son journal (28 juillet 1944), Julien Green cite Rilke (1875-1926) qui appelle la masturbation « le péché de détresse » : « À San Francisco hier avec le consul de B... Il me raconte qu’en 1935 il a visité la prison d’Alcatraz située sur un rocher dans la baie de San Francisco (je voyais de loin cette prison pendant qu’il m’en parlait). Deux prisonniers au cachot ont refusé de regarder le visiteur. Tous sont épouvantablement malheureux. Ils voient San Francisco de leur prison. La plupart sont jeunes et se livrent à ce que Rilke appelle le vice de détresse. »

 

30. Il faut méditer ces deux paroles de Green : « La foi cède devant le plaisir. » Il y a aussi cette autre phrase : « L’érotisme survit à tout. » Green a raison si notre foi n’est pas continuellement vivifiée par une profonde relation au Christ.

 

31. La pornographie est extrêmement dangereuse, d’autant plus qu’elle est facilement accessible. La pornographie dépasse l’impureté. Un livre de François David, dont le titre est Les Réseaux de l’anticléricalisme en France, nous apprend que c’est l’industrie pornographique qui est à la base de la haine dirigée contre l’Église, contre le Vatican et contre le pape. Nous sommes là en présence d’une réalité vraiment diabolique.

 

32. Dans tes difficultés vis-à-vis de la chasteté, il faut rester ouvert. Il faut être simple, clair et concis. Il faut éviter les périphrases. Il faut dire les choses telles qu’elles sont.

 

33. Je sais que tous ces principes spirituels s’effondrent comme un jeu de cartes lorsque la chair brûle, lorsque la tête phantasme, lorsque le cœur languit. On peut passer d’une jouissance charnelle à une autre forme de jouissance, d’un autre ordre, infiniment plus profonde… celle dont parle la troisième oraison de la messe du Saint-Sacrement [2].

 

 

LA VOCATION

 

34. Dans toute vie chrétienne et surtout dans une vie donnée à Dieu, il y a, tôt ou tard, un combat de Jacob à mener. Il n’est pas fréquent qu’on doive entrer dans cette lutte avant un engagement définitif ou avant l’ordination.

 

35. Il y a différents types de réponse à l’appel de Dieu. On peut réagir comme Isaïe : « Qui enverrai-je ? Me voici, envoie-moi. » (Is 6, 8) On peut aussi chercher des excuses comme Jérémie : « Ah, Seigneur, vraiment je ne sais pas parler, car je ne suis qu’un enfant ! » (Jr 1, 6) Il y a aussi l’exemple de Moïse qui cherche des prétextes pour ne pas répondre à l’appel de Dieu (Ex 4, 14).

 

36. Je pense qu’il faut faire confiance à l’enfant que tu étais et qui, un jour, a répondu : « Oui, mais pas maintenant. » Cet enfant a dit oui, même s’il y a une réserve. Il faut probablement faire confiance à cet enfant. C’est lui qui a raison. « Tout en nous procède de l’enfance », disait Bernanos. « D’où suis-je ? Je suis de mon enfance. Je suis de mon enfance comme d’un pays. » (Saint-Exupéry, Pilote de guerre).

 

37. Personnellement, je crois en la vocation qui est tienne. Même dans les tempêtes les plus violentes, je refuse de fermer le dossier. Les raisons qui me font croire en cette vocation ? a) On sent que tu as été marqué par Dieu et que tu as une expérience de Dieu ; b) tu as un sens profond de la prière ; c) tu aimes la Vierge Marie et tu aimes l’Église ; d) dans les moments de crise les plus difficiles, tu reviens très vite à la prière ; e) tu as le sens de l’évangélisation et de la mission ; f) tu as le souci des pauvres ; g) tu aimes la liturgie et l’eucharistie ; h) tu as compris qu’on devient prêtre pour l’eucharistie ; j) tu es un homme droit et ouvert ; k) dans les pires tempêtes, la vocation semble parfois chavirer, mais elle réapparaît dès que le calme se fait.

 

38. Une vocation doit être cultivée et entretenue avec soin. C’est la prière et la méditation qui font mûrir une vocation et qui engendrent une vraie ferveur. Chez toi actuellement, le sentiment et l’émotion disparaissent. C’est l’occasion de vivre uniquement à partir de la foi.

 

39. Pour faire avancer son règne parmi les hommes, Dieu n’a pas besoin de ce que tu peux faire, il veut avoir besoin de ce que tu es.

 

40. Avant l’ordination, il faut que soit conquise et pacifiée toute cette part de toi-même qui présentement ne veut pas de la vocation. On ne peut être ordonné que dans la paix et la joie, même si cette joie est grave et calme.

 

41. Avant l’ordination, il faut être déterminé à ne rien préférer au Christ. Tu es capable de vivre dans le célibat. La meilleure preuve, c’est que tu as vécu dans le célibat jusqu’à ce jour sans aucune faille.

 

42. Lorsqu’on regarde ton adolescence, on est obligé de constater qu’une main mystérieuse t’a toujours protégé.

 

43. On peut toujours renoncer à l’appel de Dieu. Dieu est habitué aux réponses négatives. Il ne t’en voudrait pas si tu t’éclipsais. Il faut cependant éviter de devenir le jeune homme riche dont parle l’évangile. J’ai souvent rencontré de ces hommes qui rôdent autour des monastères et qui traînent une nostalgie mortelle derrière eux.

 

44. Tu dois te sentir souverainement libre. Personne, ni aucun chantage ne doit interférer dans la réponse que tu donnes au Christ. Tu es aimé pour toi-même, et non pas parce tu es un prêtre potentiel.

 

 

LA PSYCHOLOGIE

 

45. Il faut toujours être très conscient que tu es d’une nature dépressive et que tu es nerveusement fragile. Les vagues dépressives arrivent on ne sait ni quand ni pourquoi. Elles sont brèves ou plus ou moins longues sans qu’on sache pourquoi.

 

46. Jean-Marie Vianney était un dépressif et peut-être même un névrosé, cela ne l’a pas empêché de devenir le saint Curé d’Ars. Que faire ? Attendre que les vagues passent. C’est cela, la patience. L’attente et la patience sont les deux grands mots de l’espérance.

 

47. Un chemin thérapeutique a été parcouru. Il faut en être heureux. Il a été fait dans la loyauté et la vérité. Cette thérapie a calmé beaucoup de choses. Des nœuds très serrés sont en train de se dénouer.

 

48. À mon avis, il reste un chemin à parcourir. Peut-être sera-t-il parcouru, peut-être ne le sera-t-il jamais. Il s’agit des relations verticales qui ne sont pas simples pour toi.

 

49. La thérapie a une répercussion sur ta vie spirituelle. Habitué à tout comprendre et à tout relire à partir d’un retour sur toi-même, tu es tenté de penser que la prière est autosuggestion. Tu es tenté de penser que tu t’adresses à un mur et que la porte du tabernacle est la porte fermée d’une armoire vide. C’est la réaction classique de beaucoup de gens qui sortent de thérapie. La thérapie procède à partir de l’enstase tandis que la vie chrétienne est extase. On s’explique facilement que beaucoup de thérapies conduisent aux pratiques d’une religiosité extrême-orientale : relaxation, yoga, etc. Bien comprise et remise à sa juste place, une thérapie nous mène à une purification de la foi.

 

50. On est adulte le jour où on a fait des choix fondamentaux. Les choix fondamentaux se font avec notre volonté et non pas avec nos émotions ou nos sentiments. Il peut arriver qu’on fasse des choix qui vont à l’encontre de nos sentiments.

 

51. Dans toute vie, il y a des restes d’adolescence et de gaminerie. Ceux-ci sont semblables à des icebergs qui flottent sur notre mer intérieure. Nous devons avoir le souci de les faire fondre.

 

52. Tu affectionnes particulièrement le gué. Il est cependant inconfortable de rester au milieu d’un cours d’eau. Il faut savoir passer sur l’autre rive.

 

53. Lorsqu’on analyse trop, lorsqu’on décortique trop, lorsqu’on est trop méfiant, lorsqu’on est trop sceptique, finalement il ne nous reste plus rien dans les mains.

 

 

QUELQUES CONSEILS

 

54. Tu es toujours bien accueilli partout où tu te présentes. Tu ne dois jamais faire d’effort pour plaire aux autres et pour te faire accepter. Cela ne durera peut-être pas toujours. Je ne suis pas sûr que cette situation te rende toujours service. Apprends à être humblement accueillant envers tous.

 

55. Il faut éviter de tomber dans le dilettantisme. Étudier à Rome est une chance qu’il faut exploiter au maximum. Se donner à fond à l’étude et à la prière peut contribuer à te donner un bel équilibre.

 

56. Pendant son pontificat, le pape Paul VI a médité plusieurs fois ce verset du livre de la Sagesse : « La fascination de la frivolité obscurcit le bien et le tourbillon de la convoitise renverse un esprit sans malice » (Sg 4, 12). Le pape Paul VI voyait dans la fascination de la frivolité – fascinatio nugationis – l’obstacle majeur qui empêche l’homme contemporain de suivre le Christ. La fascination de la frivolité, Paul VI la définit comme un attrait irrésistible pour l’amusement, le vertige des passions, la séduction des choses et des activités inutiles. La fascination de la frivolité, c’est aussi la préférence pour ce qui est banal par rapport à ce qui est grand, utile, nécessaire et exigeant. En bref, la fascination de la frivolité, c’est à peu près tout ce qu’internet et les autres médias peuvent nous proposer et nous offrir à longueur de journée et de nuit.

 

57. Tu es naturellement généreux. Tu es spontanément attentif aux faibles et aux pauvres. Tu disposes et tu disposeras de moyens financiers honorables. Continue à être généreux et à aider humblement et discrètement. Ne sois pas naïf, ne sois pas avare, ne sois pas prodigue.

 

58. Sois prudent dans toutes tes relations avec les femmes. Il ne faut jamais accepter de passer une nuit seul sous le même toit qu’une femme seule.

 

59. Une université pontificale de Rome ne garantit pas nécessairement une orthodoxie parfaite de la foi. Sache tout écouter avec un a priori positif. Sache discerner ce qui est juste et ce qui l’est moins. N’oublie jamais que « la prière répugne au théologien » (Diadoque de Photicée). Demeure fidèle à la foi de l’Église catholique dont Benoît XVI est une lumineuse expression pour notre temps. La prière à la Vierge Marie est le meilleur garant de notre fidélité à la foi. Il faut se souvenir de ce que chantait le peuple d’Éphèse en 431 : « À toi seule, Mère de Dieu, tu détruis toutes les hérésies. »

 

60. Je te conseille de te rendre de temps en temps à la basilique Sant’Andrea delle Fratte pour y prier l’Immaculée. C’est là, à l’autel de l’Immaculée, que saint Maximilien Kolbe a célébré sa première messe. C’est là également que Ratisbonne a été subitement converti par la médaille miraculeuse.

 

61. Tu sais que l’adoration continuelle est proposée dans chacune des quatre basiliques majeures. Il est souhaitable de prendre régulièrement une journée pour le Seigneur seul. Une journée de retraite est autre chose qu’une journée de repos.

 

62. La vie est déjà suffisamment complexe : il ne faut pas la compliquer encore davantage. La vie est beaucoup, beaucoup plus simple que celle que tu te construis parfois.

 

63. Tu as de grandes qualités, tu as une intelligence qui est belle et vive, tu as reçu beaucoup de talents. Sois humble, deviens très humble.

 

Un père abbé


[1] L’eschatologie est la partie de la théologie qui concerne les « fins dernières » (eschata en grec), notamment le retour en gloire du Christ ou parousie, qui inaugurera le jour sans déclin (NDLR).

[2] « Accordez-nous, Seigneur, dans l’éternité, cette jouissance intarissable de votre divinité qu’annonce en figure ici-bas la communion à votre corps et à votre sang précieux. » (NDLR)