Sainte Anne et les trois qualités des grand-parents

 
 

Anne est la racine

Chémeré-le-Roi, dimanche 28 juillet, 7e après la Pentecôte

 

Au martyrologe, pour le 26 juillet, nous lisons : « Dormition de sainte Anne, qui fut la mère de l’immaculée Vierge Marie, mère de Dieu ». Je vous propose, mes frères, de rentrer dans le mystère de la maman de Marie, la grand-mère de Jésus.

La famille est comme une plante, dont les enfants sont le fruit, les parents la tige et les aïeux la racine. Méditer sur sainte Anne, c’est méditer sur la racine de la famille. La racine d’une plante, c’est ce qui nourrit ; c’est aussi ce qui donne la solidité ; mais en même temps c’est ce qu’on ne voit pas, car la racine est enfouie dans le sol. Identité, solidité, humilité : voilà les trois qualités des grands-parents, de ceux qui sont, à l’instar de sainte Anne, les racines de nos familles.

 

I. Les grands-parents et parents donnent à la famille son identité.

Dans l’obscurité des temps passés, les aînés de nos familles nous donnent un enracinement historique et géographique. Il y a toujours ce qu’on appelle « un berceau de la famille », et ce berceau n’est jamais très loin du tombeau de ceux que nous aimons visiter et pour qui nous prions.

Mais en plus de nous donner une attache parmi les multiples rameaux des familles de notre patrie et de la famille humaine, les aînés sont ceux qui, normalement, nous ont transmis les choses les plus importantes : les grandes vérités sur la vie et l’existence. Regardez ces belles statues de sainte Anne avec Marie. Que fait sainte Anne ? Elle présente un livre à sa fille. Lui apprend-elle à lire ? Peut-être. Certainement, elle lui enseigne la vérité des Ecritures. Elle lui explique ce que dit la Bible sur le Messie qui doit venir, de sorte que lorsque l’ange Gabriel vient visiter Marie pour lui annoncer qu’elle sera la Mère du Sauveur, Marie ne s’étonne pas de la chose, mais seulement de la manière dont cela se réalisera : « Comment cela se fera-t-il puisque je ne connais point d’homme ? » Marie est tout à fait renseignée sur les grandes vérités du Salut. Sainte Anne n’y est sans doute pas pour rien. Le cœur très pur de Marie, préparé par les desseins de la Providence, a aussi été formé par les enseignements d’une mère aimante. Anne a transmis à Marie. Les grands-parents ont le devoir de transmettre. Ce faisant, ils donnent à la famille son identité.

 

II. Les grands-parents et parents donnent à la famille sa solidité

Mais cette identité que les grands-parents ont le devoir de transmettre à leurs enfants et petits-enfants, ça n’est pas seulement un bagage culturel, un patrimoine, ou pire un folklore. Cela doit être bien plus que cela, car tout cela passe. Souvenez-vous de cet homme de la parabole qui passe sa vie à semer, bâtir et engranger et qui s’entend dire : « Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme. Et ce que tu as amassé, qui l’aura ? » Ainsi en est-il, poursuit l’Évangile, de celui qui thésaurise pour lui-même, au lieu de s’enrichir en vue de Dieu. Les aînés, en plus d’un office de transmission, donnent à la famille sa solidité. Et cette solidité, viendra-t-elle de l’abondance des biens ? Non, elle vient de ce qui nous rend riche aux yeux de Dieu, et c’est la foi.

La foi des grands-parents doit être monolithique, imputrescible, granitique ! Il n’est plus temps, quand les cheveux grisonnent, de s’interroger imprudemment sur Celui qu’on doit bientôt rencontrer. Mais il faut dire, avec saint Paul, « Je veux être avec le Christ ». Et c’est le même saint Paul, qui pouvait dire au soir de sa vie : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi » (2 Tm 4.6). En dépit des aléas de la vie, des modes changeantes, des déceptions qui viennent parfois en regardant les jeunes générations s’écarter de la voie droite, les grands-parents ont le devoir de tenir. Ce faisant, ils rendent la famille solide.

 

III. La foi des grands-parents doit être vécue dans l’humilité.

Cette noble attitude qu’on attend et qu’on espère des anciens, comme un modèle et un repère pour les plus jeunes, elle est vécue dans l’humilité. Comme la racine, qui nourrit la plante et lui donne sa solidité, tout en restant cachée dans les profondeurs de la terre. Dès qu’elle sort de la terre, une racine n’est plus racine. Dès qu’elle manque à l’humilité, la foi solide devient ennuyeuse et pesante. Est-ce à dire que les grands-parents doivent regarder, accepter, tolérer toujours, sans jamais rien dire ? Evidemment non.

Mais, vis-à-vis des plus jeunes, ils ne sont pas en première ligne, car ils ne doivent pas – sauf exception – remplacer les parents. Ils pourront manifester la solidité de leur foi et les actes qu’une telle foi inspire, mais surtout par l’exemple – qui n’a pas été bouleversé par la prière d’une grand-mère ou d’une grand-tante ? – avec le cachet de la sagesse, donnée par l’expérience, et non sans la tendresse et l’affection qui caractérisent les relations des anciens pour les plus jeunes. Pensez au vieillard Siméon, qui, ayant pris dans ses bras le Sauveur, remercie Dieu en disant : « Maintenant, Seigneur, vous pouvez laisser votre serviteur s’en aller selon votre parole, car mes yeux ont vu votre Salut, que vous avez préparé à la face de tous les peuples ». Quand le Christ approche, Siméon s’efface. Le témoin de la lumière s’efface devant la lumière.

 

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Identité, solidité, humilité. Telles sont les qualités de la racine.

Dans un très beau texte liturgique, consacré à Notre-Dame, nous chantons : « La racine de Jessé a donné une tige, et la tige une fleur : et sur cette fleur a reposé le Saint-Esprit. La Vierge Mère de Dieu est la tige, la fleur c’est son Fils ». Et la racine, qui est-elle ? C’est sainte Anne, modèle des grands-parents, à qui nous demandons pour chacun d’entre nous la grâce d’une foi de granit pour édifier des familles qui plaisent à Dieu.

Père Augustin-Marie AUBRY

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