"Tu ne tueras pas !" - sermon pour le 5e dimanche après la Pentecôte

« Tu ne tueras pas ! » nous rappelle N.S. dans l’évangile.

Vincent Lambert a été tué.

Jeudi dernier, 11 juillet 2019, un homme handicapé est mort, volontairement privé de nourriture et d’eau, sur ordre d’un médecin, soutenu par les plus hautes autorités judiciaires françaises. Le meurtre des handicapés est devenu légal en France ! La culture de mort a fait un pas de plus.

Mais cette culture sévit déjà depuis une cinquantaine d’années, depuis les lois autorisant la contraception et l’avortement. Depuis que l’hédonisme et l’utilitarisme ont remplacé Dieu et la morale.

En 1979 (il y a 40 ans), en recevant le prix Nobel de la Paix, mère Teresa, sainte Teresa de Calcutta, déclarait :

« Le plus grand destructeur de la paix, aujourd’hui, est le crime commis contre l’innocent enfant à naître. Si une mère peut tuer son propre enfant, dans son propre sein, qu’est-ce qui nous empêche, à vous et à moi, de nous entretuer les uns les autres ? (…) Mais aujourd’hui on tue des millions d’enfants à naître. Et nous ne disons rien. »

Comment nos sociétés, qui ont proclamé avec tant d’insistance les droits de l’homme (on peut dire que c’est le nouveau Décalogue du monde moderne), comment les hommes en sont-ils venus à laisser bafouer ce premier de tous les droits, le droit le plus fondamental : le droit de tout être humain à la vie ? Quelles sont les causes de cet aveuglement ?

Il est très utile de réfléchir sur ces causes, pour pouvoir y apporter des remèdes. Bien sûr, il n’est pas bon de trop regarder le mal, et de perdre la paix intérieure en s’obnubilant sur ce qui va mal. « La colère de l’homme n’opère pas la justice de Dieu », dit S. Jacques (Ja 1, 20).

Mais d’un autre côté, nous avons le devoir de reconnaître les choses telles qu’elles sont, de ne pas faire comme l’autruche. Et nous devons combattre, autant que nous le pouvons, contre le mal. Il est très important de ne pas s’habituer au mal moral (spécialement à celui qui est contre-nature). Notre tiédeur à l’égard du mal manifeste la faiblesse de notre amour du bien, de la vérité, de Dieu.

D’autre part, pour réagir avec efficacité contre la culture de mort qui envahit nos sociétés (avec toutes ses conséquences : avortement, terrorisme, violence, meurtres et suicides de plus en plus nombreux, euthanasie… on a même créé un nouveau mot : « féminicide », le meurtre des femmes), pour combattre tous ces maux, le meilleur moyen est de comprendre en profondeur les causes de cette mentalité et de faire partager à nos concitoyens, à nos proches, les raisons de l’importance du respect de la vie.

Il est très peu efficace de gémir, de se lamenter. En revanche, il est beaucoup plus utile de travailler à comprendre et à faire comprendre les raisons profondes – pas seulement négatives, mais aussi positives – qui aident ceux qui sont désorientés à retrouver le sens du vrai et du bien, la beauté de la vie et ainsi la joie de vivre. Le désespoir nourrit la culture de mort, alors que la joie fait respecter la vie.

La principale cause de l’aveuglement actuel, c’est l’oubli ou le rejet de Dieu. De Dieu Créateur, Maître de la vie et de la mort. L’athéisme ou le laïcisme  imprègnent les mentalités de nos contemporains. Dieu est exclu de la société. L’homme se croit donc libre de choisir lui-même ce qui lui plaît, de décider ce qui est bien et ce qui est mal, sans tenir compte de la nature objective des choses, créées par Dieu. L’homme devient son propre Dieu et ne reconnaît plus aucune loi morale qui soit supérieure à la loi civile. C’est l’homme (du moins un certain nombre d’hommes, censés représentés les autres) qui fixe les droits de l’homme. Et si ces instances prétendument « démocratiques » décident que le petit embryon n’est pas un homme, que la personne handicapée ou le vieillard n’ont pas une vie « digne », elles peuvent alors déclarer qu’on a le droit de les supprimer. La vie n’est plus reçue comme un don sacré qui vient de Dieu, mais comme une réalité dont l’homme est le maître, dont il peut disposer. Et l’homme se détruit lui-même. « Sans Dieu, il n’y a pas d’homme, c’est la découverte expérimentale de notre temps », disait Berdiaef, philosophe russe du 20e siècle.

L’oubli de Dieu entraîne automatiquement la perte du sens de la vraie dignité de l’homme. L’homme ne sait plus qui il est, ni non plus où il va. Il ne sait plus qu’il est une créature faite à l’image de Dieu, appelée à participer à la vie même de Dieu par la connaissance et l’amour. Il ne sait plus qu’il a une âme immortelle et qu’il est beaucoup plus important de sauver son âme que de sauver sa vie corporelle, terrestre. Tout être humain, même le plus faible, le plus pauvre, le plus « anormal », porte donc en lui quelque chose d’infini : il est aimé de Dieu pour lui-même, appelé à un bonheur éternel. Le tuer, c’est en quelque sorte un sacrilège : c’est faire à Dieu « une injure insigne », dit le Catéchisme du Concile de Trente, c’est « porter pour ainsi dire sur Lui une main criminelle, en faisant disparaître son image du milieu du monde ».

A l’inverse de cette culture de mort, le magistère de l’Eglise nous enseigne l’importance du respect de la vie.

« La vie humaine est sacrée, dit l’instruction Donum Vitæ, parce que, dès son origine, elle comporte l’action créatrice de Dieu et demeure toujours dans une relation spéciale avec le Créateur, son unique fin. Dieu seul est le maître de la vie, de son commencement à son terme : personne en aucune circonstance ne peut revendiquer pour soi le droit de détruire directement un être humain innocent. »

Ce texte très fort manifeste bien les raisons du caractère sacré de la vie.

C’est Dieu qui nous a créés, qui nous a donné la vie.

C’est Dieu qui nous conserve en vie : c’est en Lui, dit s. Paul, que « nous avons la vie, le mouvement, et l’être » (Ac 17,28).

Enfin, c’est Dieu seul qui peut décider à quel moment il nous reprendra cette vie terrestre qu’il nous a donnée pour nous faire passer à une autre vie, éternelle, celle-là.

Il y a encore bien d’autres causes de la mentalité homicide, de la culture de mort dans le monde actuel : ce sont tous nos péchés, péchés d’orgueil, d’égoïsme, de luxure, de colère, d’avarice, nos manques de charité, nos refus de pardonner, etc. S. Catherine de Sienne disait que ses propres péchés étaient la cause des maux du monde entier, et en un sens c’est vrai : « toute âme qui s’élève élève le monde » ; toute âme, au contraire, qui se laisse aller au péché s’oppose aux sources de la grâce et augmente le désordre dans le monde.

Le remède à tous ces maux, c’est donc de retrouver le sens de Dieu Créateur, et en même temps le sens de la dignité de toute vie humaine, destinée à une vie éternelle d’amitié avec Dieu. Le remède, c’est aussi l’exemple de notre sainteté, de la vertu joyeuse, de la charité, du service désintéressé du prochain, de la bonne humeur… de tout ce qui peut faire comprendre aux hommes qu’ils sont aimés de Dieu et appelés au bonheur éternel et non aux plaisirs éphémères d’ici-bas.

Le général Jean Delaunay, ancien chef d’état-major de l’Armée de terre, qui est décédé récemment, écrivait peu de temps avant sa mort : « Portons sur le monde tel qu’il est un regard positif et enseignons-le à nos enfants. Faisons-le rayonner tout autour de nous. Ecoutons Saint-Ex dans sa Lettre à un otage : sachons sourire ! Si à compter d’aujourd’hui, chacun de nous (à commencer par les plus anciens, comme dit l’Evangile…) prenait la résolution de garder dans sa bouche ses paroles négatives et de s’émerveiller en revanche de ces petites choses qui donnent du sel à la vie, ce serait une contribution, indirecte et modeste mais efficace, au bonheur de ceux qui nous entourent et, pourquoi pas, par réactions en chaîne, à la paix du monde. »

Demandons au Seigneur de nous donner une foi vive, enthousiaste, rayonnante, communicative, afin que nous soyons des apôtres ardents, et que nous sachions faire comprendre aux hommes que le vrai bonheur est de servir Dieu, en Lui-même ou dans le plus petit de nos frères.   Prions, supplions, réparons.

Ainsi soit-il.

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