Le mont Saint-Michel, symbole de résistance

billet paru dans Actuailes

Au milieu des eaux qui viennent à chaque marée l’entourer, le mont dresse sa silhouette altière sur l’horizon. Sur l’antique rocher, les constructions successives, de plus en plus acrobatiques en leur architecture, sont un défi constant de l’homme face aux éléments. Ce lieu unique au monde, qui fascine par sa force, sa grâce et son mystère, demeure à travers les âges un symbole de résistance.

 Résistance physique de cet îlot qui, toutes les douze heures, est comme attaqué par la mer qui avance, dit-on, « à la vitesse d’un cheval au galop ». À chaque marée montante, le roc doit subir l’assaut de cette cavalcade liquide. Le mont, qui était encore accessible à pied depuis la grève, se retrouve isolé pour plusieurs heures. Et quand la cavalerie a interdit l’arrivée de renforts extérieurs, le vent entre dans la bataille en secouant de ses rafales tout ce qui n’a pas la vertu essentielle du mont : la solidité. Le mont, lui, tient.

Résistance spirituelle, car le mont fut pendant des siècles (et encore aujourd’hui) un lieu d’habitation monastique : quelques ermites au départ, puis un prieuré et enfin une puissante abbaye, qui impressionne le visiteur par son cloître ou son lumineux réfectoire. Ce site sauvage est devenu au Xe siècle un haut-lieu de prière, grâce à la patience et au courage des saints moines, qui ont vécu là, bravant la rudesse du climat.

Ils n’y ont pas seulement « survécu », comme des naufragés sur une île déserte, ils y ont « bien vécu », cultivant sur ce rocher les vertus chrétiennes, en particulier l’hospitalité pour les nombreux pèlerins qui au fil des âges vinrent prier au mont, « au péril de la mer » (comme on disait jadis), l’archange Michel. Michel, prince des milices angéliques, combat contre Satan, l’ennemi de l’Église et des chrétiens, qui cherche à les faire chuter. Michel rappelle cette grande vérité : « Qui est comme Dieu ? » (C’est le sens du nom « Michel » en hébreu). Dieu est le Maître de l’Univers ; aucune créature ne peut lui être comparée !

Résistance culturelle aussi, car tout en haut du mont ont été copiés et conservés pendant des siècles les chefs-d’œuvre de la pensée humaine. Les moines ont développé les sciences et la sagesse, en copiant patiemment les œuvres des philosophes : Platon, Aristote, Pythagore… et les écrits des Pères de l’Église : les saints Ambroise, Augustin, Jérôme, Grégoire, etc. C’est un trésor inestimable que les moines, par l’intermédiaire des parchemins, nous transmettent aujourd’hui.

Résistance nationale enfin : pendant la guerre de Cent Ans, quand l’Angleterre cherchait à mettre la main sur la couronne de France et menaçait le duché de Bretagne, le mont fut le lieu d’une défense opiniâtre contre les attaques incessantes des Anglais, installés sur le rocher de Tombelaine, à seulement trois kilomètres ! Et le mont a tenu, pendant près d’un siècle.

Voilà tout ce que le mont Saint-Michel, silencieusement, nous enseigne.

 Père Augustin-Marie Aubry