Suivre la messe avec saint Vincent Ferrier

Contemplation très dévote

et très merveilleuse qui embrasse toute la vie sacrée

du maître Jésus, notre Seigneur,

laquelle est représentée dans le sacrifice de la messe célébrée solennellement,

composée par le Très Révérend Père en Christ Monseigneur Saint Vincent Ferrier,

digne de louable mémoire, de l’Ordre des Frères Prêcheurs [1].

 

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Tout chrétien doit croire fermement que le maître Jésus au jour de la cène ordonna et institua le saint sacrement de la messe en présence des saints apôtres. Et il leur commanda de le faire avec grande révérence et perpétuelle mémoire, selon ce que dit saint Luc (ch. 22) et saint Paul aux Corinthiens : « Hoc facite in meam commemorationem [2] », ce qui veut dire : veuillez garder au cœur et vous remémorer, en écoutant dévotement la messe, toute la vie sacrée de Jésus-Christ. C’est pourquoi le prêtre dit, tandis qu’il tient le calice élevé : « Hæc quotiescumque feceritis, in mei memoriam facietis [3] ». Chaque fois que vous autres, prêtres, faites cette chose, vous la ferez en mémoire de moi [4]. Il ne dit pas : en mémoire de ma passion, mais en mémoire de moi ; cela signifie que la messe ne contient pas seulement la mort sacrée de Jésus-Christ, mais encore implicitement toute sa vie sacrée, en commençant par son incarnation sacrée, jusqu’à sa sainte Ascension. Mais certains pourrait dire : ce commandement fut donné et imposé aux prêtres, et non aux laïcs. – Je réponds que ce commandement fut donné, non seulement aux prêtres, mais aussi aux laïcs. Il fut donné aux prêtres, qui se remémorent la vie sacrée de Jésus-Christ, en célébrant avec dévotion ; et aux laïcs, en entendant avec dévotion, en écoutant et en contemplant.

 

Et je découvre que le Fils de Dieu, en descendant du ciel, prenant une chair humaine dans le sein virginal de la sacrée Vierge Marie, jusqu’au jour de son Ascension quand il est monté au ciel, a fait trente œuvres principales qui sont contenues et représentées dans la messe. Les voici.

 

1. La première œuvre que notre Maître et Sauveur Jésus-Christ fit pour nous autres en ce monde, est sa haute et merveilleuse incarnation, quand, descendant du ciel, il se mit dans le sein virginal de la Vierge Marie, dans lequel il se revêtit de notre vêtement, c’est-à-dire notre humanité, car la divinité était cachée sous l’humanité.

Et cette merveilleuse œuvre est figurée et représentée dans la messe solennelle, quand le prêtre entre dans la sacristie : cela signifie et représente l’entrée que fit le Fils de Dieu dans le sein virginal de la Vierge Marie, en lequel il s’est revêtu du vêtement de notre humanité.

 

Ici, le chrétien dévot peut contempler dévotement trois choses.

 

La première : de même que, dans la sacristie il y a les reliques, les objets précieux et les autres ornements ecclésiastiques, de même, dans cette glorieuse sacristie, à savoir dans le sein virginal de la Glorieuse se trouvaient les reliques, à savoir la puissance de Dieu le Père opérant, la sagesse et la personne de Dieu le Fils s’incarnant, et la grâce du Saint-Esprit informant. Il y avait là les objets précieux de la grâce et des vertus, car dans la Vierge Marie se trouve la plénitude de grâces et de vertus. Il y avait là les ornements avec lesquels notre grand Prêtre devait célébrer la messe le Vendredi Saint, sur l’autel de la vraie croix, dans le corps sacré et sanctifié de Jésus-Christ, qui fut formé et incarné du sang très chaste et très pur de la Vierge Marie.

 

La deuxième chose que tu peux contempler, c’est quand le prêtre s’habille à la sacristie : aucun laïc ne le voit se vêtir, cependant ils croient que le prêtre s’habille et espèrent qu’il va sortir. Cela montre que, quand notre grand Prêtre Jésus-Christ s’habillait dans la sacristie, c’est-à-dire dans le sein virginal de la Vierge Marie, aucun parmi le peuple juif ne l’a vu ni ne l’a su, ainsi son Incarnation fut-elle chose cachée et secrète, pendant que les fidèles croyaient et espéraient qu’il devait se vêtir, c’est-à-dire qu’il devait s’incarner et naître du sein virginal de la Vierge Marie, selon qu’il avait été prophétisé par plusieurs prophètes.

 

La troisième chose que tu peux contempler, la voici. Le prêtre dans la sacristie se revêt de sept vêtements, à savoir : le surplis, si c’est un simple prêtre ; ou le rochet, si c’est un évêque ; ou le scapulaire, si c’est un religieux ; l’amict, l’aube, le cordon, la manipule, l’étole et la chasuble. Ainsi notre grand Prêtre s’est-il revêtu dans le sein de la Vierge Marie, qui est dit « sacristie », de sept vêtements, à savoir les sept dons du Saint-Esprit, lesquels habillent et ornent le corps sanctifié de Jésus-Christ, selon ce qui est écrit dans Isaïe, ch. 11 [5]. Telle est la première œuvre représentée dans la messe.

 

 

2. La deuxième œuvre que fit notre Sauveur Jésus, ce fut quand, dans la nuit de Noël, il sortit, Dieu et homme, du sein virginal, et s’est manifesté au monde entier ; et la nuit, qui était obscure, fut claire comme le jour [6]. Et il voulut naître en présence de Joseph et de la Vierge Marie et être déposé entre l’âne et le bœuf. Et une grande multitude d’anges chantait : « Gloria in altissimis Deo ! [7] » Et les bergers l’adoraient. Il se tenait d’abord secrètement dans cette glorieuse sacristie, à savoir dans la Vierge Marie, mais après la Nativité il s’est manifesté et s’est déclaré publiquement.

 

Cela est représenté quand le prêtre sort de la sacristie : cela signifie Jésus-Christ qui sort du sein virginal de la Vierge Marie. Le diacre représente la Vierge Marie, et le sous-diacre Joseph ; les deux acolytes signifient l’âne et le bœuf ; la lumière que portent les deux acolytes représente la clarté [8] qui fut montrée en la Nativité de notre Sauveur Jésus-Christ ; les prêtres qui, à voix claire et haute, chantent « Gloria Patri, etc. [9] », quand le prêtre sort de la sacristie, représentent la multitude des anges qui, en la Nativité de Jésus-Christ, chantent à voix haute : « Gloire soit rendue à Dieu, etc. ». Ils sonnent les carillons et les cloches, cela représente la grande joie du son des flûtes que sonnèrent les pasteurs en la Nativité de notre Sauveur et grand Prêtre. Et le prêtre, quand il sort de la sacristie, vêtu des ornements tout propres et bien arrangés, représente la pureté de Jésus-Christ, qui fut tout net et pur, sans aucune tache de péché.

 

 

3. La troisième œuvre merveilleuse que fit Jésus-Christ, ce fut quand, huit jours après sa naissance, il voulut être circoncis. Et la circoncision, qui se faisait en raison du péché originel, Jésus-Christ n’y était ni tenu ni obligé. En la recevant, il a présenté un grand exemple d’humilité, puisque, étant tout net et pur, sans tache de péché, il a voulu se montrer pécheur, dans la ressemblance du pécheur.

 

Et cela est représenté quand le prêtre, avec humilité et faisant l’inclination profonde, confesse qu’il est pécheur, en disant : « Ego peccator, confiteor Deo, etc. [10] ». En effet, bien que le prêtre soit confessé sacramentellement, il est tenu toutefois de confesser et de se déclarer pécheur, même s’il était plus saint que saint Jean-Baptiste ; pour montrer et signifier que Jésus-Christ, qui est la plénitude et le principe de toute sainteté et perfection, s’est présenté comme un pécheur, se soumettant à la loi de la circoncision pour donner à celle-ci complément et terme ; ou pour signifier le corps mystique de l’Église et de tout le genre humain. Et, plus encore, en raison de cette personne mystique qu’il va revêtir, le prêtre doit dire [11] : « Ego peccator », comme dit le psaume : « Miserere mei, Deus [12] ».

 

 

4. La quatrième œuvre qu’il fit, ce fut quand, des régions orientales, il fit venir les trois rois d’Orient, les dirigeant et les conduisant et les guidant par une étoile à Bethléem jusqu’à la crèche, entre l’âne et le bœuf, pour l’adorer et confesser qu’il est Dieu et Seigneur universel de toute la nature, en lui offrant et lui présentant l’or, l’encens et la myrrhe.

 

Cela est représenté par le prêtre lorsque, après qu’il a fait la confession, il s’approche de l’autel et se baisse très profondément en inclinant la tête et disant : « Retirez de nous toutes nos iniquités pour que nous puissions entrer avec un cœur pur dans le saint des saints. Ainsi soit-il [13] ». Et ainsi, comme les trois rois d’Orient offrirent l’or, l’encens et la myrrhe, de même le prêtre, quand il s’incline, offre l’encens par sa prière fervente ; il offre l’or quand il salue l’autel par une profonde adoration, très pieuse et révérente ; il offre la myrrhe amère quand il fait le signe de la croix, se souvenant par ce signe de la douloureuse et amère passion de Jésus-Christ.

 

 

5. La cinquième œuvre que fit Jésus-Christ en ce monde, ce fut quand il voulut être présenté au temple. La glorieuse Vierge Marie sa mère l’a porté et présenté au prêtre. Là se trouvaient présents Siméon et la sainte veuve Anne, louant Dieu notre Seigneur.

 

Cela est représenté par le prêtre quand il va à la corne [14] de l’autel, prend le missel et dit l’introït de la messe. Le diacre et le sous-diacre qui l’assistent signifient et représentent les glorieux Siméon et Anne la prophétesse. Les deux acolytes et les autres qui écoutent l’officium [15] – lesquels ne doivent pas monter à l’autel – représentent la Vierge Marie et Joseph et les autres anciens et parents qui se tenaient éloignés, écoutant avec dévotion. Bien que la Vierge Marie fût digne de monter à l’autel, elle ne voulut pas le faire, pour donner exemple et enseignement aux personnes laïques qui, pour saintes et justifiées qu’elles soient, ne doivent pas monter à l’autel à moins d’une grande nécessité. Dans le cas contraire, ce n’est pas sans dommage. Quand le saint homme Siméon prit le glorieux Fils de Dieu Jésus-Christ, inspiré par le Saint-Esprit, il dit quatre versets : « Nunc dimittis, etc[16] ». Ils sont représentés par les quatre choses que fait le prêtre. Premièrement, à la corne de l’autel quand il dit l’introït de la messe ; deuxièmement, les Kyrie, dans lesquels on fait demande de la miséricorde de Dieu le Père, car Kirieleyson est un mot grec, qui veut dire : que Dieu le Père ait miséricorde de moi et de nous autres ; troisièmement, il dit : « Gloria in excelsis Deo » ; quatrièmement, il dit l’oraison.

 

 

6. La sixième œuvre que fit notre Seigneur Dieu Jésus-Christ en ce monde, ce fut quand il fuit de la terre de la promesse vers la terre d’Égypte, laissant place à la fureur d’Hérode : il demeura en cette terre, avec sa glorieuse Mère et Joseph, pendant sept années.

 

Cela est représenté dans la messe solennelle, quand le sous-diacre avec un acolyte va lire l’épître, tandis que le prêtre demeure à l’autel avec le diacre et l’autre acolyte. Et quittant l’autel, le prêtre et le diacre vont s’asseoir sur les sièges, et assis ils font sept choses qui représentent les sept années que Jésus-Christ a passées en Égypte : en premier, il lit l’épître ; deuxièmement, il lit le répons ; troisièmement, il dit l’alleluia – c’est un mot hébraïque, qui veut dire : louange à Dieu ; quatrièmement, il lit la prose ; cinquièmement, il donne la bénédiction au diacre. Ces choses, le prêtre les fait assis, sauf la dernière, qui est la bénédiction, pour signifier qu’en la septième année, Jésus-Christ s’en est retourné dans sa terre [17].

 

 

7. La septième œuvre que fit Jésus-Christ en ce monde, ce fut quand, après qu’il fut retourné d’Égypte en la terre de la promesse après la mort d’Hérode, sa glorieuse Mère et Joseph l’amenèrent au temple de Jérusalem, et il demeura dans le temple, et le troisième jour la Vierge Marie et Joseph le trouvèrent au milieu des docteurs, écoutant et interrogeant.

 

Cela est représenté quand le prêtre, quittant le siège, se rend à l’autel, et là il écoute avec grand respect et dévotion l’évangile. Cela montre que, comme Jésus-Christ dans le temple écoutait les juges et les interrogeait, de même cette contemplation que fait le prêtre en écoutant l’évangile n’est pas sans interrogation, ce qui rappelle que Jésus-Christ, interrogeant prudemment, instruisait les docteurs dans la foi au Messie. Et c’est pourquoi le prêtre, dès que le diacre a terminé l’évangile, chante le Credo in unum Deum [18].

 

 

8. La huitième œuvre que fit notre Sauveur Jésus-Christ en ce monde fut quand, après que la Vierge Marie sa mère l’eut trouvé dans le temple, sa joie fut si grande qu’elle ne pouvait s’empêcher de pleurer ; et le glorieux Seigneur, dès qu’il eut vu sa glorieuse Mère et Joseph, son humilité et l’amour qu’il leur portait étaient tels qu’il partit aussitôt et laissa les docteurs et vint avec eux et les consola de la tristesse qu’ils avaient eue pendant les trois jours de son absence ; et il demeura avec eux à Nazareth pour les servir selon ce que dit l’évangéliste : « Il leur était soumis [19] ».

 

Cette œuvre de service, c’est-à-dire d’humilité, est représenté par le prêtre quand, après le Credo, il se tourne vers le peuple et dit : Dominus vobiscum [20], et ensuite prépare [21] l’hostie et le calice, choses qui servent au saint sacrifice. Cela représente le service que notre Seigneur Jésus-Christ a humblement rendu à sa glorieuse Mère et au saint homme Joseph. C’est pourquoi il est dit : le fils de la Vierge n’est pas venu pour être servi mais pour servir. Comme disent saint Paul [22] et saint Matthieu, ch. 20 [23].

 

 

9. La neuvième œuvre que fit Jésus-Christ en ce monde fut quand, âgé de trente ans, il demeurait à Nazareth, servant sa glorieuse Mère et le saint homme Joseph, et les services qu’il rendait étaient nombreux. Entre autres, celui-ci : Jésus-Christ allait avec d’autres enfants puiser l’eau à une source distante de Nazareth, comme le monastère de la Çaydia l’est de Valence. De ce service, le maître des Histoires scolastiques parle expressément [24]. De même, il faut ajouter le service de Joseph dans son travail de charpentier, selon ce que dit saint Matthieu au chapitre 13 et, saint Marc au chapitre 6 [25] ; Nicolas de Lyre le mentionne au sujet de ces évangiles. Et, quand il eut accompli sa trentième année, il prit congé d’eux et se rendit au fleuve Jourdain pour y recevoir le baptême. Ce baptême n’était pas nécessaire pour Jésus-Christ, mais il l’a reçu pour que le contact de sa chair très sainte donne la vertu régénérative aux eaux, et donne le salut à ceux qui croiraient en lui et lui obéiraient.

 

Et cela est représenté par le prêtre à la messe, quand il se lave les doigts. Cela n’est pas nécessaire, car il est déjà tout pur, puisqu’il a lavé sa conscience par la confession sacramentelle et avec l’eau naturelle. Cela signifie que le baptême n’était pas nécessaire pour Jésus-Christ, comme il était net et pur, plein de sainteté ; mais, pour montrer un exemple d’humilité, utile à notre humilité, il voulut être baptisé.

 

 

10. La dixième œuvre que notre Sauveur Jésus-Christ voulut faire en ce monde, selon saint Luc, Marc et Matthieu [26], ce fut lorsque, après le baptême, il entra dans le désert, et là jeûna quarante jours et quarante nuits, pendant lesquels il ne mangea ni ne but, mais demeura tout le temps en oraison, ne priant par pour lui, mais pour nous autres.

 

Et cela est représenté à la messe, quand le prêtre se rend au milieu de l’autel et s’incline très profondément en disant : « In spiritu humilitatis, etc[27] ». Ce qui veut dire : avec un esprit d’humilité et contrition, je veux prier le Seigneur pour que, dans le saint sacrifice, nous soyons hosties et que nous plaisions à Dieu notre Seigneur. Cette oraison rappelle les prostrations et humiliations que fit notre Seigneur dans le désert, priant et implorant. Et ensuite le prêtre se tourne vers le peuple en disant : « Orate, fratres, etc. ». Ce qui veut dire : « Priez pour moi, frères, que mon sacrifice, et le vôtre avec, soit agréable devant Dieu notre Seigneur [28] ». Et les assistants qui entendent la messe doivent dire : « Spiritus Sanctus superveniat in te, etc[29] ». Cela montre que Jésus-Christ au désert implorait et priait pour nous autres ; et de même que la prière qu’il fit dans le désert était très secrète et n’était entendue de personne, de même l’oraison que dit le prêtre à ce moment-là se dit si secrètement que personne ne la doit entendre, ni le diacre ni le sous-diacre.

 

 

11. La XIe œuvre que fit notre Sauveur Jésus-Christ, ce fut après qu’il eut jeûné dans le désert, quand il commença à prêcher en criant à haute voix : « Agite penitentiam [30] de vos péchés, et vous vous approcherez du royaume de Dieu ».

Cela est représenté par le prêtre quand il dit à voix forte : « Sursum corda [31] ». Pour montrer que ce que Jésus-Christ dit en parole, il l’accomplit en action. Et pour cela le prêtre, quand il dit la préface, doit tenir les mains élevées et non baissées.

 

 

12. La XIIe œuvre que fit notre Sauveur Dieu Jésus-Christ en ce monde, ce fut que, non seulement il montrait et enseignait ce qu’il prêchait par des œuvres, mais encore il confirmait par des miracles merveilleux sa doctrine sacrée ; car ces œuvres merveilleuses et ces miracles, personne ne les pouvait faire sinon Dieu, comme ressusciter les morts, illuminer les aveugles, redresser les paralytiques.

 

Cela est représenté par le prêtre, quand il dit trois fois : « Sanctus, Sanctus, Sanctus Dominus Deus [32] ». Cela montre que les miracles que Jésus-Christ faisait, il ne les faisait pas par la vertu de l’humanité, mais par la vertu des trois Personnes divines, c’est-à-dire du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, un seul Dieu tout-puissant. Ensuite, il dit : « Osanna », ce qui veut dire « qui sauve », pour montrer que Jésus-Christ faisait les miracles pour nous sauver.

 

 

13. La XIIIe œuvre que fit Jésus-Christ en ce monde, ce fut quand, après qu’il eut prêché et fait de nombreux miracles, il eut 33 ans, et, abordant le temps de sa passion sacrée, il vint à Jérusalem pour faire la Cène avec ses apôtres. Et secrètement, devant eux, il fit de nombreuses choses nécessaires à la rédemption du genre humain. Entre autres, il en fit deux : à savoir qu’il institua le saint sacrement de l’autel et il fit un grand sermon qui, en saint Jean, s’étend du chapitre 13 jusqu’à 17.

 

Cela est représenté à la messe, quand le prêtre dit très secrètement le canon, que personne n’entend sinon le diacre, de la même manière que le sermon que fit Jésus-Christ à la Cène fut si secret que personne ne l’entendit sinon les apôtres qui étaient avec Jésus-Christ.

 

 

14. La XIVe œuvre que fit Jésus-Christ notre Sauveur en ce monde fut quand, après qu’il eut fait les deux choses dites précédemment, il se rendit au jardin de Jéricho et là il pria trois fois. Cela montre qu’il priait en tant qu’homme Dieu le Père pour trois sortes de personnes, à savoir pour les saints pères et pour ceux qui étaient dans le purgatoire ; et pour ceux qui étaient présents en ce monde ; et pour ceux qui devaient venir. La troisième fois qu’il pria, il sua du sang, pour donner à entendre que ceux qui allaient venir après sa passion devaient prier avec grande ferveur, parce qu’ils auraient à vivre en grand périls et tribulations, lesquels devraient être supportés par de ferventes oraisons et par la vertu de patience.

 

Ces trois manières de prier que fit Jésus-Christ sont représentées par le prêtre, quand il fait trois croix sur le calice, en disant : « benedictam, adscriptam, ratam [33] ». Et ensuite, il fait deux croix : l’une sur le calice, quand il dit : « et sanguinis [34] » ; pour montrer que dans sa passion il prie pour lui-même en tant qu’homme, et il prie pour nous autres pécheurs.

 

 

15. La XVe œuvre que Jésus-Christ fit en ce monde, ce fut quand, après qu’il eut fait l’oraison en la manière dite précédemment, il vint une grande multitude de peuple avec grand tumulte pour prendre Jésus-Christ avec des lances et des bâtons ; et le Seigneur voulut bien être pris et lié ; et avec grandes moqueries et injures il fut amené devant Pilate, qui le condamna à la croix et prononça la sentence de mort. De cette sentence, il ne voulut pas faire appel, mais bénignement il prit la sainte croix et la porta.

 

Et cela est représenté à la messe, quand le prêtre prend l’hostie à consacrer, la tenant dans les mains, et disant : « Et elevatis oculis in cœlum [35]». Et les cloches et les roues font grand bruit, signifiant le tumulte et le bruit des Juifs quand ils prirent Jésus-Christ. Puis le prêtre fait une croix sur l’hostie, en disant : « Benedixit ac fregit, etc. [36] ». Et cette croix signifie la sentence de mort portée par Pilate contre Jésus-Christ.

 

 

16. La XVIe œuvre que fit notre Sauveur Jésus-Christ en ce monde, ce fut, après qu’il fut condamné à mort, il fut mené au mont Calvaire et là fut cloué sur la croix ; avec deux larrons : l’un du côté droit, qui s’appelait Dismas, et l’autre s’appelait Gestas.

 

Cela est représenté en la messe, quand le prêtre élève l’hostie en laquelle est Jésus-Christ, Dieu et homme, et il la touche par ses deux mains. La main droite signifie le bon larron [37], et la gauche signifie le mauvais larron. Et ensuite, il lève le calice, signifiant que Jésus-Christ en la croix offre et sacrifie son précieux sang à Dieu le Père, en rédemption et sanctification du genre humain. Et c’est pourquoi le prêtre, en élevant le sang, doit dire en lui-même : « Seigneur, nous vous offrons le prix inestimable de notre rédemption ».

 

 

17. La XVIIe œuvre que Jésus-Christ fit, ce fut que, tant qu’il était attaché à la croix, il ne cessait de faire oraison, et il commença à haute voix et il dit en hébreu : « Hely, hely, lama sabactani » ; ce qui veut dire [38] : « Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ? » Selon saint Jérôme, il commence à dire : « Dieu, mon Dieu, regardez-moi, pourquoi m’avez-vous abandonné [39] » ; et il continue cette prière jusqu’à ce verset qui dit : « En vos mains je remets mon esprit [40] ». Cela fait 150 versets, car Jésus-Christ a dit sur la croix autant de versets qu’il y a de psaumes dans le psautier, à savoir 150.

 

Et quand Jésus-Christ se tenait sur la croix, les mauvais Juifs ne cessaient de crier des injures et des moqueries, en disant [41] : « Toi, qui détruis le temple de Dieu, etc. ». D’autres disaient : « Si tu es le Fils de Dieu, descend de la croix ». D’autres disaient : « Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même ! » Et ils lui disaient de nombreuses autres injures. Et le Seigneur, bénignement, ne disait rien : mais il poursuivait sa prière avec grande patience.

 

Et cela est représenté par le prêtre, quand, tenant les bras en croix [42], il continue sa prière et dit : « Unde et memores, Domine, servi tui, etc. [43] ».

 

 

18. La XVIIIe œuvre que Jésus-Christ fit en ce monde, fut que, nonobstant qu’il fut blessé et percé en son sacré corps en quatre endroits, à savoir dans les mains et dans les pieds ; encore, par amour de nous autres, il permit et voulut recevoir la lance en son sacré côté, duquel sont sortis le sang et l’eau. Et ce fut un miracle étonnant, car ce fut contre la nature, vu que son précieux sang avait été répandu d’abord en la flagellation, par laquelle il fut cruellement tourmenté ; de même dans le couronnement d’épines ; de même avec les clous dans les mains et les pieds. Et, après qu’il fut mort, il fut frappé par la lance : le sang et l’eau sortirent, ce qui fut cause d’un grand étonnement.

 

Et ces cinq plaies sont représentées à la messe, quand le prêtre fait cinq croix avec l’hostie sacrée sur le sang, en disant : « Per ipsum, et cum ipso, etc[44] ». Ces cinq croix signifient les cinq plaies principales du corps de Jésus-Christ.

 

 

19. La XIXe œuvre que fit Jésus-Christ en ce monde, fut que, étant crucifié sur la croix, il dit sept paroles à voix forte.

 

Et elles sont représentées à la messe quand le prêtre dit le Pater noster, en lequel il y a sept pétitions ou demandes, signifiant les sept paroles que Jésus-Christ a dites sur la croix. Et le prêtre ne les dit pas secrètement, mais les dit à haute voix, car Jésus-Christ les a dites à haute et forte voix sur la croix.

 

 

20. La XXe œuvre que Jésus-Christ fit en ce monde fut qu’il voulut et permit que de sa sainte humanité se fît trois parts : la première part, le corps sur la croix ; la deuxième, le sang précieux déversé sur la croix ; la troisième part fut sa sainte âme qui aussitôt descendit dans les enfers auprès des saints pères. En cette manière fut divisée la sainte et sacrée humanité de notre Sauveur Jésus-Christ.

 

Et cela est représenté à la messe quand le prêtre, ayant fait trois parties avec l’hostie, doit cependant tenir les trois parties conjointes ensemble. Cela montre que, même si la sainte humanité de Jésus-Christ fut divisée et partagée en trois parties et éléments, cependant jamais la divinité ne fut séparée ni divisée de l’humanité, mais elle demeurait unie à chacune des parties selon ce que dit saint Paul : « Ce qui a été une fois assumé n’est jamais abandonné [45] ». Il veut dire que, puisque la divinité fut unie à l’humanité de Jésus-Christ, elle n’en fut jamais séparée ni divisée. Je prends un exemple. Si on place un morceau de cristal devant le soleil et que le cristal se brise en dix ou douze morceaux, alors le soleil n’est pas séparé ni divisé du cristal ; mais toutes les parties du cristal séparées et divisées sont illuminées de la même manière qu’avant, quand elles étaient conjointes et intègres. De la même manière, l’humanité de Jésus-Christ, bien qu’elle fût divisée et séparée en trois parties comme il a été dit, cependant chaque partie était personnellement et substantiellement pleine de la divinité, de même que chaque partie du cristal est remplie du soleil.

 

 

21. La XXIe œuvre de notre Sauveur Jésus-Christ fut de convertir de nombreuses sortes de personnes, cherchant à montrer ainsi le fruit de sa passion. Et pour cela, il convertit le larron, qui était alors un homme de mauvaise vie et un criminel. De même, il convertit le centurion, chef des gens d’armes, quand celui-ci dit : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu [46] ». Troisièmement, il convertit le menu peuple en grand nombre, selon ce que dit saint Luc au chapitre 22 : « Et beaucoup, voyant tout cela – c’est-à-dire les miracles qui arrivaient –, s’en retournaient en se frappant la poitrine [47] ».

 

Ces trois sortes de gens, qui se convertirent en la passion de Jésus-Christ, se montrent en la messe, quand le prêtre dit trois fois : « Agnus Dei [48] ». Il dit le premier particulièrement pour chaque pécheur, voulant dire que notre Seigneur Dieu veut lui pardonner, de même qu’il pardonna au larron sur la croix. Par le second Agnus Dei, le prêtre demande que, de même que Jésus-Christ a illuminé le centurion, chef des soldats, de même il veuille illuminer et pardonner à chacun de ceux qui conduisent le peuple, aussi bien au spirituel qu’au temporel, afin que les âmes rachetées par sa sainte passion parviennent au salut. Par le troisième Agnus Dei, le prêtre demande, en disant : Seigneur, de même que tu as converti le menu peuple, de même, Seigneur, veuille convertir le simple peuple chrétien et veuille le confirmer dans la paix et la santé, et lui pardonner tous ses péchés, afin qu’ils méritent d’être participants de ta sainte gloire.

 

 

22. La XXIIe œuvre que Jésus-Christ fit en ce monde, fut que, après sa sainte passion, il ne voulut pas aussitôt monter aux cieux, mais par sa très profonde humanité [49] il voulut d’abord descendre dans les enfers très secrètement, pour donner gloire aux saints en paradis, qui l’attendaient là avec grand désir ; et, dès qu’ils le virent, ils eurent grande joie, et la gloire essentielle, et ils furent désormais éloignés et libérés de toute misère.

 

Et cela est représenté par le prêtre à la messe, quand il met une partie de l’hostie dans le calice : et ainsi, dans la descente que fit la sainte âme de Jésus-Christ dans les limbes, les saints pères furent si confirmés et remplis de la gloire infinie qu’ils ne comprenaient pas ce qui leur était arrivé ; et avec douceur et amour ils louaient et bénissaient notre Seigneur Dieu, en disant : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, car il a visité et racheté son peuple, etc. [50] ».

 

 

23. La XXIIIe œuvre que fit Jésus-Christ en ce monde, ce fut qu’après sa douloureuse mort, il ordonna et voulut que son corps fût enlevé de la croix par les amis Joseph d’Arimathie, et Nicodème et Gamaliel, qui avaient obtenu la permission de Pilate. Ils le posèrent derrière une lourde pierre, que l’on montre encore aujourd’hui dans l’église du Saint-Sépulcre. Et alors la Vierge Marie et Madeleine avec de nombreuses autres personnes saintes et dévotes firent grande lamentation.

 

Et cela est représenté à la messe, quand le prêtre, après qu’il a donné la paix, en ce bref temps pendant lequel il tient le corps en ses mains, avec dévotion doit penser, méditer et contempler la grande douleur et plainte de la Vierge Marie et des autres qui étaient présentes, car toutes pleuraient et se lamentaient sur la grande douleur que subissait la Vierge Marie. Et c’est pourquoi le prêtre doit verser d’abondantes larmes et avoir grande douleur et contrition de ses péchés.

 

 

24. La XXIVe œuvre que fit Jésus-Christ en ce monde fut qu’il voulut être oint de baume et de myrrhe, enveloppé d’un drap blanc, beau et propre, déposé dans le tombeau de pierre, sans aucune corruption ni fissure.

 

Et cela est représenté à la messe, quand le prêtre consomme le corps de Jésus-Christ, car le corps du prêtre doit être un sépulcre nouveau, dans lequel il ne doit y avoir aucune tache. Et, de même que le sépulcre de Jésus-Christ était de pierre, qui est solide, de même le prêtre doit être fort dans la foi et dans la bonne vie. Et, de même que le corps de Jésus-Christ fut enveloppé en un drap blanc et propre, de même le corps et la conscience du prêtre doivent être blancs et purs par la chasteté et la bonne vie. Et, de même que le corps de Jésus-Christ fut embaumé, de même le prêtre doit être oint de nombreuses vertus. C’est à toutes ces choses que doit penser le prêtre, et le dévot chrétien qui veut ouïr la sainte messe avec dévotion.

 

 

25. La XXVe œuvre que fit Jésus-Christ fut quand, le troisième jour, il ressuscita de la vie mortelle à la vie immortelle, et que le tombeau fut trouvé ouvert.

 

Et cela est représenté en la messe, quand le prêtre va du milieu de l’autel à la corne de l’autel : cela montre que Jésus-Christ a passé de la vie mortelle à la vie immortelle. Et le prêtre laisse voir le calice vide, sans rien : cela montre le sépulcre de Jésus-Christ qui fut trouvé ouvert et le corps de Jésus-Christ ressuscité par sa puissance infinie. Et ensuite le diacre plie le corporal : cela montre que dans le sépulcre fut trouvé le saint suaire, en lequel fut enveloppé le sacré corps de Jésus-Christ.

 

 

26. La XXVIe œuvre que fit Jésus-Christ notre Sauveur fut que, après qu’il fut ressuscité, il apparut à sa glorieuse mère la Vierge Marie. Bien que les évangélistes n’en fassent pas mention, cependant les saints docteurs le disent. Entre autres saint Ambroise, au livre De virginibus, l’affirme expressément. C’était une chose bien convenable en effet, qu’il la console et la visite en premier, car elle avait porté en sa mort plus de douleurs que tous les autres qui étaient présents.

 

Et cela est représenté à la messe quand le prêtre se tourne et dit devant le peuple : Dominus vobiscum. Et après il dit la postcommunion, qui est une oraison de grande consolation, représentant les paroles de consolation que Jésus-Christ a dites à sa glorieuse Mère. Et les saints Pères, qui étaient aussi présents avec Jésus-Christ, donnèrent de même de grande louange à la Vierge Marie, en disant : « Regina cœli, lætare, etc[51] ».

 

 

27. La XXVIIe œuvre que Jésus-Christ fit en ce monde fut qu’il apparut aux apôtres, qui étaient rassemblés dans le cénacle. Il se plaça au milieu d’eux et dit : « Pax vobis ».

Et cela est représenté à la messe, quand le prêtre se tourne à nouveau vers le peuple et dit : « Dominus vobiscum », ce qui veut dire : la paix soit avec vous autres.

 

 

28. La XXVIIIe œuvre fut quand Jésus-Christ s’en voulut monter au ciel, il appela tous les apôtres et leur dit : « Allez dans le monde entier, prêchez, etc. [52] ».

Et cela est représenté à la messe, quand le prêtre dit : « Ite, missa est [53] », donnant licence d’aller à ses affaires, puisque le saint sacrifice est achevé et accompli.

 

 

29. La XXIXe œuvre fut qu’il accomplit la promesse qu’il avait faite à saint Pierre et aux autres saint apôtres, et il mit saint Pierre en possession réelle de la papauté, quand il dit : « Pasce oves meas [54] », pais mes brebis. Alors, selon les saints docteurs, il fut institué chef universel et incontestable de la sainte Mère Église. Et aux autres apôtres, il dit : « Recevez l’Esprit Saint, ceux à qui vous remettrez les péchés, etc. [55] », leur donnant le pouvoir de remettre les péchés, lequel pouvoir est divin.

 

Et cela est représenté à la fin de la messe, quand le prêtre, après qu’il a dit : « Ite, missa est », et qu’il a donné congé au peuple, s’humiliant profondément, se baisse, inclinant la tête devant l’autel autant qu’il peut et dit : « Placeat tibi, sancta Trinitas [56] », la suppliant que le saint sacrifice qu’il a offert en la sainte Mère Église lui soit agréable et accepté, méritoire et profitable pour le peuple chrétien. Et l’inclination qu’il fait si profonde en baisant l’autel montre l’infinie miséricorde de notre Seigneur Dieu, quand il veut tant s’humilier et donner un pouvoir si grand aux hommes pécheurs, à savoir de pouvoir remettre les péchés et pardonner, puisqu’un tel pouvoir appartient seulement à notre Seigneur Dieu. Et puis il fait le signe de la croix sur le peuple, ce qui donne à entendre que la rémission des péchés est obtenue par la vertu de la passion sacrée.

 

 

30. La XXXe et dernière œuvre que notre Sauveur fit en ce monde fut quand, en présence de la très sainte Vierge Marie et des apôtres et plus de cinq cent personnes chrétiennes, selon ce que dit saint Paul [57], il voulut monter au ciel. Et, élevant les mains, il bénit ces personnes rassemblées sur le Mont des Oliviers, lesquelles pleuraient à cause de son départ et de son  absence ; et ayant donné sa sainte bénédiction, il retourna là d’où il venait.

 

Et cela est représenté dans la messe, quand le prêtre, après qu’il a donné la bénédiction, s’en retourne à la sacristie dont il était sorti.

 

Et ainsi on montre que toute la vie sacrée de notre Rédempteur est comprise dans le saint sacrifice de la messe.

 

Qu’il nous conduise à cette gloire, lui qui vit et règne dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il [58].

 

 

Fin de la contemplation qui comprend

toute la vie de Jésus-Christ

notre Sauveur.

 

 

Traduction par le Fr. Augustin-Marie Aubry.


[1] Cette traduction se fonde sur le texte valencien (daté de 1518) édité dans la BAC, pp. 563-585. Le texte est accompagné d’une traduction espagnole qui nous a aidés dans certains passages obscurs. Nous avons aussi consulté l’édition du père Fages dans Œuvres de Saint Vincent Ferrier, tome I, Paris, Picard, Savaète, 1909. Cette édition présente aussi le texte valencien de 1518 ; elle est substantiellement identique au texte de la BAC. Le père Fages propose une traduction « en latin facile », dit-il, dans son introduction. Cette traduction latine, utile pour un premier repérage du texte, est souvent déficiente.

[2] « Faites ceci en mémoire de moi » ; cf. Lc 22, 19 ; 1 Co 11, 24-25.

[3] « Chaque fois que vous ferez ceci, faites-le en mémoire de moi ». Ici, comme dans de nombreux autres lieux de cette « contemplation », on voit que Maître Vincent commente le rite de la messe qu’il pratique habituellement : au rite dominicain, le prêtre dit cette parole pendant qu’il élève le calice ; au rite romain, elle est dite une fois le calice reposé sur le corporal.

[4] Cette phrase est dans le texte valencien de la BAC. Le père Fages l’omet dans son édition.

[5] Is 11, 2-3 : « Sur lui reposera l’Esprit du Seigneur, esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de piété : il est rempli de l’esprit de crainte du Seigneur » (selon la Vulgate).

[6] Cf. Ps 138, 12 : « Mais les ténèbres ne sont plus ténèbres devant toi et la nuit comme le jour illumine ».

[7] « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! » ; cf. Lc 2, 14.

[8] Cf. Lc 2, 9 : « L’Ange du Seigneur leur apparut et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté ».

[9] « Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit » : il s’agit de la doxologie de l’introït. Au rite dominicain, les ministres quittent la sacristie au chant du Gloria Patri de l’introït.

[10] En latin dans le texte : « Moi pécheur, je confesse à Dieu, etc. ».

[11] Le texte valencien est elliptique : « E mes en persona de aquell, lo qual havia rebre dient : […] ». L’édition de la BAC traduit ainsi : « Y más por la persona que va a recibir, puede el sacerdote confesar : […] ». Nous suivons cette leçon en la précisant.

[12] En latin dans le texte : « Ayez pitié de moi, ô Dieu » (Ps 50, 1).

[13] En valencien dans le texte. C’est la prière silencieuse que récite le prêtre : « Aufer a nobis, Domine, cunctas iniquitates nostras, ut ad Sancta sanctorum puris mereamur mentibus introire ».

[14] Ce terme désigne le coin ou extrémité de l’autel : quand on regarde l’autel, depuis la nef des fidèles ou les chœurs des religieux, la « corne de l’épître » est à droite, la « corne de l’évangile » est à gauche. Au début de la messe, le prêtre est à la corne de l’épître. L’autel érigé devant le tabernacle (tente) au désert par Israël selon les prescriptions du Seigneur à Moïse avait quatre cornes à ses quatre coins : « Tu feras l’autel en bois d’acacia ; sa longueur sera de cinq coudées, et sa largeur de cinq coudées. L’autel sera carré, et sa hauteur sera de trois coudées. À ses quatre coins, tu feras des cornes qui sortiront de l’autel, et tu le revêtiras d’airain » (Ex 27, 1-2 ; traduction BJ).

[15] Au rite dominicain, l’introït de la messe est appelé officium.

[16] En latin dans le texte ; cf. Lc 2, 29-32 : « Maintenant, laissez votre serviteur, Seigneur, aller en paix selon votre parole ; car mes yeux ont vu votre salut, que vous avez préparé à la face de tous les peuples : lumière pour éclairer les nations et gloire de votre peuple, Israël ».

[17] Il y a ici une lacune dans le texte qui annonce sept actions du prêtre à la banquette, mais n’en énonce que cinq. La dernière (ou septième), qui se fait debout, et symbolise le retour d’Égypte, est la bénédiction du diacre. Nous supposons qu’il faut ajouter après la prose (4e action) deux actions que fait le prêtre à la banquette au rite dominicain : le prêtre bénit l’eau que lui présente le sous-diacre avec l’acolyte (5e action), eau qui sert à garnir le calice ; puis le prêtre bénit l’encens que lui présente le thuriféraire (6e action), encens qui servira pour le chant de l’évangile.

[18] « Je crois en un seul Dieu ».

[19] En latin dans le texte ; cf. Lc 2, 51.

[20] En latin dans le texte : « Le Seigneur soit avec vous ».

[21] Cette « préparation » de l’hostie et du calice consiste dans l’oblation, offrande à la Trinité sainte de la matière du sacrifice, et l’encensement, qui marque la révérence pour les oblats (pain et vin), qui vont devenir le corps et le sang du Seigneur.

[22] La référence à saint Paul n’est pas évidente. On peut penser à Ph 2, 7 : « Il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur » (traduction TOB).

[23] Mt 20, 28 : « C’est ainsi que le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude » (traduction BJ).

[24] Il s’agit de l’Historia scholastica super Novum Testamentum, de Pierre le Mangeur (1100-1178).

[25] Cf. Mt 8, 55 : « Celui-là n’est-il pas le fils du charpentier ? » ; cf. Mc 6, 3.

[26] Lc 4, 1-13 ; Mc 1, 12-13 ; Mt 4, 1-11.

[27] En latin dans le texte : « En esprit d’humilité et le cœur contrit, que nous soyons, Seigneur, reçus par vous ; et que notre sacrifice s’accomplisse de telle manière qu’il soit reçu par vous aujourd’hui et qu’il vous soit agréable, Seigneur Dieu » (ordinaire du rite dominicain).

[28] En valencien dans le texte ; la formule du rite dominicain se traduit ainsi : « Priez, frères, pour que mon sacrifice, qui est également le vôtre, soit agréé devant le Seigneur ».

[29] En latin dans le texte : « Que le Saint-Esprit descende sur vous, etc. » ; cf. Lc 1, 35 (récit de l’Annonciation). Dans la liturgie romaine (au sens large), la réponse des fidèles à la demande du prêtre (« Orate, fratres. ») est fort variable selon les époques et les régions. Dans les plus anciens témoins, il n’y en a pas. Ici, le texte de la Contemplation très dévote est témoin d’une formule qu’on rencontre dans l’eucologe de Charles le Chauve, rédigé vers 870. Cf. J.-A. Jungmann, Missarum sollemnia, Paris, Aubier, 1952 ; t. II, pp. 365-368. La présence de cette réponse dans le commentaire de la messe par saint Vincent est étonnante, car dans le missel dominicain il n’y a pas de réponse prévue par le chœur à la demande du prêtre.

[30] En latin dans le texte : « Faites pénitence » ; cf. Mt 4, 17 ; Mc 1, 15 ; Ez 18, 30.

[31] En latin dans le texte : « Haut les cœurs ! »

[32] En latin dans le texte : « Saint, saint, saint, le Seigneur Dieu ».

[33] En latin dans le texte. Cette prière du canon commence par les mots : « Quam oblationem ». Elle se traduit : « Cette oblation, nous vous en prions, vous, ô Dieu, daignez faire qu’elle soit en tout consacrée +, approuvée +, ratifiée +, agréable et acceptable ; et qu’elle devienne ainsi pour nous le corps + et le sang + de votre Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ » (nous soulignons).

[34] En latin dans le texte. En réalité, le prêtre dit « et sanguis » (voir la note précédente pour la traduction). Ici, il faut peut-être sous-entendre (membre souligné) : « [...] il fait deux croix : l’une sur l’hostie, quand il dit : corpus ; l’autre sur le calice, quand il dit : et sanguis, etc. ». La première croix, sur l’hostie, signifierait la prière « pour lui-même » ; la seconde, sur le calice, signifierait la prière « pour nous autres pécheurs ».

[35] En latin dans le texte ; « Et levant les yeux au ciel, (vers vous, Dieu, son Père tout-puissant) ».

[36] En latin dans le texte ; « Il bénit + (ce pain), le rompit ».

[37] En valencien : « lo sant ladre ».

[38] Le texte valencien ajoute : « ce qui veut dire en lati », qu’on pourrait traduire « en langue romane ».

[39] En latin dans le texte : « Deus, Deus meus, respice in me : quare me dereliquisti ? » (Ps 21, 2).

[40] En latin dans le texte : « In manus tuas commendo spiritum meum » (Ps 30, 6).

[41] Citations en latin dans le texte : cf. Mt 27, 40-42 ; Mc 15, 29-32 ; Lc 23, 35-37.

[42] Cette position du prêtre, après la consécration, est une particularité du rite dominicain.

[43] En latin dans le texte : « C’est pourquoi, Seigneur, nous, vos serviteurs [et avec nous votre peuple saint], en mémoire [de la bienheureuse passion du Christ… nous offrons à votre majesté suprême, etc.] ».

[44] En latin dans le texte : « Par lui + et avec lui + [et en lui +, vous est donné, Dieu Père tout-puissant +, dans l’unité du Saint-Esprit +, tout honneur et toute gloire, dans tous les siècles des siècles] ».

[45] En latin dans le texte : « Quia quod semel assumpsit, numquam dimisit ». La référence à saint Paul est fautive. C’est un adage scolastique, dont la doctrine est exprimée par saint Jean Damascène, De fide orthodoxa, L. III, ch. 27.

[46] En latin dans le texte : « Vere filius Dei erat iste », Mc 15, 39.

[47] En latin dans le texte : « Multi videntes ea, scilicet miraculæ quæ fiebant, revertabantur percutientes pectora sua » ; cf. Lc 23, 48.

[48] En latin dans le texte : « Agneau de Dieu, [qui enlevez les péchés du monde, ayez pitié de nous] ».

[49] L’édition de la BAC suggère de lire « humilité » au lieu d’« humanité », expression donnée par le texte valencien (« per la sua profundissima humanitat »). Le père Fages traduit « per suam profundissimam humanitatem ». À la réflexion, nous conservons la leçon, moins évidente, mais plus riche et tout à fait cohérente, du texte valencien. La descente aux enfers n’est pas, pour le Sauveur, une humiliation, mais bien plutôt un titre de gloire supplémentaire. Et la raison de cette descente, c’est la bonté de Dieu, son « humanité » ou bénignité. Cf. Tt 3, 4 : « Cum autem benignitas et humanitas apparuit Salvatoris nostri Dei, etc. » (Quand apparurent la bonté et l’humanité du Sauveur notre Dieu, etc.).

[50] En latin dans le texte : « Benedictus Dominus Deus Israël ; quia visitavit et fecit redemptionem plebis suæ, etc. », Lc 1, 68.

[51] En latin dans le texte : « Reine du ciel, réjouissez-vous, etc. ».

[52] En latin dans le texte : « Euntes in mundum universum, predicate, etc. », Mc 16, 15.

[53] En latin dans le texte : « Allez, la messe est dite ».

[54] Jn 21, 15-17.

[55] En latin dans le texte : « Accipite Spiritum Sanctum ; quorum remiseritis peccata, etc. », Jn 20, 22-23.

[56] En latin dans le texte : « Agréez, Trinité sainte, [l’hommage de votre serviteur : ce sacrifice que malgré mon indignité j’ai présenté aux regards de votre majesté, rendez-le digne de vous plaire et capable, par l’effet de votre miséricorde, d’attirer votre faveur sur moi-même et sur tous ceux pour qui je l’ai offert] ».

[57] Cf. 1 Co 15, 6.

[58] En latin dans le texte : « Ad quam gloriam nos perducat, qui vivit et regnat per omnia sæcula sæculorum. Amen ».