Sermon pour une première communion - 18e dimanche après la Pentecôte

Une première communion est toujours pour nous l’occasion de dresser un bilan sur notre lien avec ce si beau Sacrement et de nous rappeler tous ses bienfaits. Il est en effet si facile de communier par routine, en perdant de vue tout ce que nous apporte ce sacrement. Aussi, il est bon pour nous de nous arrêter sur quelques aspects de ce sacrement, pour pouvoir tirer d’avantages de fruits pour notre vie chrétienne. Aussi, je vous propose de voir ce matin comment par ce sacrement le Christ nourrit notre âme, vit dans notre âme et nous conforme à sa personne.

Le Christ nourrit notre âme

Tout d’abord, nous savons par la foi que nous recevons dans ce sacrement, non seulement la grâce comme dans les autres sacrements, mais aussi l’auteur de la grâce. En effet, le Christ, au cours de la messe, nous donne son corps à manger comme nourriture. Cette nourriture ne sustente pas notre corps comme le font les autres nourritures de la terre, mais notre âme. Ainsi, prenons la mesure de ce fait extraordinaire : notre âme, qui est spirituelle, est sustentée par cette nourriture bien matérielle et bien réelle qu’est le corps du Christ. C’est par la manducation de sa chair sacrée que le Christ nous donne parmi les plus grandes de ses grâces. Combien il est admirable que le Seigneur s’adapte si bien à notre nature corporelle pour nous donner ses bienfaits spirituels ! Mais comment puis-je voir que le Corps du Christ est une véritable nourriture ? Comme le corps a besoin de sa nourriture pour continuer à vivre, de même l’âme a besoin d’une nourriture pour vivre en conformité à la volonté de Dieu. Le Corps du Christ est bien la nourriture de notre âme, car elle donne tout ce dont a besoin notre âme pour vivre selon la grâce. Ce pain eucharistique est préfiguré, dans l’ancien Testament, par la manne, ce pain inconnu tombé du ciel pour nourrir les Israélites au désert. Or il est dit de cette manne dans l’Exode : « Celui qui en avait ramassé beaucoup n'avait rien de trop, et celui qui en avait ramassé peu n'en manquait pas : chacun en recueillait selon sa consommation ». L’Eucharistie, comme la manne du désert, s’avère une nourriture parfaite, car elle nous nourrit parfaitement, c’est-à-dire exactement selon nos besoins. Nos nourritures terrestres nous conviennent plus ou moins : soit que nous en manquions, soit que nous en ayons trop ; soit qu’elles s’avèrent trop riches, soit qu’elles soient trop pauvres dans leurs nutriments. En ce qui concerne l’Eucharistie, que nous soyons peu ou bien avancés dans la voie de la sainteté, cette nourriture nous donne exactement ce dont notre âme a besoin pour progresser vers la sainteté.

Le Christ vit dans notre âme

Par l’Eucharistie, nous recevons non seulement une nourriture parfaite, mais aussi l’être vivant du Christ. C’est Jésus tout entier, avec son sang, son âme et sa divinité, qui vient visiter notre âme. C’est tout l’être du Christ qui nous habite. Nous sommes devenus le Temple du Christ par la sainte communion. Nous sommes devenus un véritable tabernacle vivant. Mais en venant habiter notre âme par sa présence réelle, le Christ ne fait pas seulement une visite chez nous, il nous donne sa vie. En effet, c’est un corps vivant, c’est un vivant que nous mangeons et qui nous donne sa vie en abondance. Et cette vie n’est pas n’importe quelle vie, c’est la vie même de Dieu. Par la sainte communion, la grâce divine irrigue notre âme comme la sève irrigue les arbres et le sang notre corps. Par la sainte communion, le Christ nous fait vivre de la vie même de Dieu. Comme dit le père Bernardot, dans son admirable livre De l’Eucharistie à la Sainte Trinité, par la communion, le Fils de Dieu ne vient pas seul, mais c’est toute la Trinité qui vient dans l’âme du communiant : « Notre âme devient un sanctuaire témoin d’ineffables merveilles : le Père y engendre le Fils et le Père et le Fils y produisent le Saint-Esprit. » et plus loin « l’âme du communiant est devenu le ciel de la Trinité »

Le Christ nous conforme à sa personne

Enfin, le Christ nous assimile à lui. Les nourritures terrestres sont des aliments de notre corps. La digestion les transforme en notre corps, en partie de peau, de nerf, de muscle, de sang, d’os ou autre. C’est le processus de l’assimilation : ce que je reçois de l’extérieur devient moi, est incorporé à mon corps. Mais dans l’Eucharistie, l’assimilation fonctionne dans l’autre sens. Ce que je mange ne devient plus moi, mais au contraire, je deviens ce que je mange. Or, c’est le Corps du Christ que nous mangeons. C’est donc le Christ qui nous assimile à lui. Par la sainte communion, ce n’est pas le Christ qui est transformé en nous, mais c’est nous qui sommes transformés dans le Christ. Que produit en nous cette transformation ? Nous restons nous-mêmes et différents du Christ. Mais la communion transforme notre vie, c’est-à-dire que notre intelligence épouse l’intelligence du Christ et notre volonté épouse la volonté du Christ. Ainsi, par sa sainte communion, notre âme devient une image vivante du Christ. Alors que fait notre âme ainsi assimilé par le Christ ? Le père Bernardot nous répond : « Elle conçoit des pensées lumineuses et forme des actes d’amour. Sont-ils les nôtres ? Oui, car ils naissent de notre intelligence et de notre cœur, mais de notre intelligence unie à l’intelligence de Jésus, de notre cœur uni à son cœur, en sorte qu’ils sont à lui comme à nous. Ensemble nous adorons, ensemble nous aimons et nous rendons grâces, ensemble nous nous livrons à notre Père des cieux. Son amour et notre amour, sa pensée et notre pensée s’élèvent mêlés l’un à l’autre, comme deux grains d’encens brûlés dans le même encensoir et n’exhalant vers le ciel qu’un unique parfum. »

À la suite de ces phrases admirables du Père Bernardot, je vous laisse avec un texte de Sainte Catherine de Sienne. Comme tous les grands mystiques, son amour pour Dieu la pousse à employer des phrases que nous oserions utiliser. Mais les mots lui manquent pour dire ce qu’elle veut exprimer et c’est par des mots ineffables que la vierge dominicaine nous dévoile tout son amour pour son divin maître : « O Trinité ! éternelle Trinité ! ô Feu, ô abîme d’amour ! Flamme d’amour ! ne suffisait-il pas de nous créer à votre image et ressemblance, de nous faire renaître à la grâce dans le sang de votre Fils ? Fallait-il encore nous donner toute la Trinité en nourriture ! C’est votre amour qui l’a voulu. O Trinité éternelle ! non seulement vous avez donné votre Verbe dans la Rédemption et dans l’Eucharistie, mais vous vous êtes donnée tout entière par amour pour votre créature. Oui, l’âme vous possède parce que vous êtes la Bonté suprême. »

Père Ambroise-Marie Pellaumail