UN SAINT POUR TEMPS DE CRISE...
Est-ce que saint Vincent Ferrier (1350 - 5 avril 1419)
a quelque chose à nous dire aujourd'hui ?
Voilà
575 ans qu'il est dans la vision de Dieu, et il me semble
que trois rayons de sa gloire peuvent venir nous réchauffer.
Oui, ce Frère
Prêcheur du Moyen-Age finissant, déchiré
par le schisme et une guerre centenaire, miné par
la décadence philosophique qui engendra la Réforme,
a un message très actuel pour aujourd'hui. Tout simplement
parce que notre monde post-chrétien et post-moderne
est éminemment temps de crise comme le sien.
Vincent est Ange du Jugement. Au lieu de gémir
sur les malheurs des temps, il soulève, du dedans,
la tristesse d'un monde mauvais, par l'annonce d'une bonne
nouvelle éternelle (Ap 14, 6). Il rappelle sans se
lasser que l'absurde ne triomphe que si nous acceptons de
nous laisser séduire, que le mal est vaincu par la
lumière
dans les curs qui attendent le Christ. Craignez Dieu
et rendez lui gloire, car voici l'heure du jugement (Ap
14, 7). Vincent a prêché les grandes vérités
qui nous
bouleversent et ouvrent dans nos âmes, par le saisissement
des immenses perspectives eschatologiques, les sources de
la pénitence et les chemins de l'Amour. N'avons-nous pas besoin que le tonnerre de cette voix de
prophète nous réveille, dans nos existences
compliquées et pesantes dont est trop souvent absente
la
pensée de la vie éternelle ? Oui, le cri de
Vincent nous juge sur l'Amour, parce qu'il annonce l'Epoux
(cf. Mt 25, 6).
Vincent est Apôtre de chrétienté.
Il a une conception totale de sa foi. A une époque
où tout craque, où les pouvoirs temporels
et spirituels ne s'entendent plus, où
la naissance des antagonismes nationaux désagrège
le corps de la chrétienté, où les hommes
de la pensée perdent le sain réalisme de l'être,
Vincent ne se résigne
pas. Savant, nourri de Thomas d'Aquin, il enseigne sans
relâche les clercs, conseille les princes, protège
et convertit juifs et musulmans, apaise les querelles des
cités.
Devenu "légat du Christ", il jette toutes
ses forces dans une gigantesque croisade pacifique, où,
durant vingt ans, il sillonne l'Europe pour prêcher
la royauté du Christ sur toute la création
et en particulier sur les sociétés humaines
(CEC, n° 2105). "Cette fameuse mission constitue
l'un des faits les plus extraordinaires et les plus importants
de l'histoire de l'Eglise" (Père Bernadot).
La foi conquérante de Vincent fouette nos timidités,
à l'heure où le profond désespoir de
l'humanité contemporaine cache, "plus que nous
ne le pensons, une silencieuse espérance qu'une chrétienté
renouvelée pourrait constituer une alternative"
(Cardinal J. Ratzinger).
Vincent
est homme apostolique, à l'image de son père
Dominique. Qu'est-ce à dire ? C'est un contemplatif dont
le cur parle aux hommes. Tous les jours, il marche sur les
routes comme un pauvre, il chante la Messe (" l'uvre
la plus haute de la contemplation ", dira-t-il), puis il
prêche. Et les grands et les humbles, accourus écouter
le bonhomme Vincent, cet homme qui ne parle que de Dieu ou avec
lui, le sentent tout proche d'eux, le comprennent et l'aiment.
C'est qu'il présente à tous, en même temps
que l'Evangile de son maître Jésus, le miracle qui
l'accrédite : lui-même, sa vie héroïque,
son enthousiasme communicatif. Il est bien de ces hommes évangéliques
qu'il a décrits dans son Traité de la vie spirituelle, " très pauvres, très simples et très
doux, ne pensant qu'à Jésus, ne parlant que de Jésus,
ne goûtant que Jésus et Jésus crucifié
". Se mettre au contact de l'âme de Vincent c'est se
laisser envahir de cette soif apostolique qui consumait son cur,
et dont on retrouve l'écho dans la prière embrasée
de Montfort.
On est confondu, n'est-ce pas, devant la confiance de ces saints
en la grâce divine. C'est tout simplement qu'ils croient à l'Evangile. Qu'est-ce
qui nous empêche d'en faire autant, pour obtenir du Cur
de Jésus, par Marie, les artisans de la Nouvelle évangélisation
?
fr.
Louis-Marie de Blignières, prieur.
Saint
Vincent Ferrier (version imprimable)
Textes et articles sur saint Vincent Ferrier
(bon de commande du traité de la vie spirituelle)
(bon de commande de numéros de Sedes Sapientiæ)
Textes de saint Vincent Ferrier :
- Traité de la vie spirituelle,
Collection Classiques spirituels, DMM, 1993, 112 p.
- Extraits du Traité de la vie spirituelle sur la conduite à tenir dans l'étude.
in Sedes Sapientiæ n° 39 (hiver 1992), pp. 6-7.
- Panégyrique de saint Thomas d’Aquin.
in Sedes Sapientiæ n° 41 (été 1992), pp. 15-32.
- Traité de la consolation dans les tentations contre la foi.
in Sedes Sapientiæ n° 44 (printemps 1993), pp. 33-41.
Articles sur saint Vincent Ferrier :
- Père Thomas-Marie de BAZELAIRE : Recension de saint Vincent FERRIER : Traité de la vie spirituelle,
Collection Classiques spirituels, DMM, 1993, in Sedes Sapientiæ n° 45 (été 1993), pp. 54-56.
- Jean DUMONT : Saint Vincent Ferrier, une nouvelle Pentecôte & Ce que saint Vincent Ferrier dit des juifs et aux juifs, in Sedes Sapientiæ n° 60 (été 1997), pp. 1-45.
Articles sur saint Vincent Ferrier en partie :
- Père Louis-Marie de BLIGNIERES : Entretien avec le Prieur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier,
in Sedes Sapientiæ n° 91 (mars 2005), pp. 3-16.