Accueil >> Interview du Père de Blignières, prieur de la communauté (fin)  
 

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Comment se traduit cette dimension apostolique de votre vie ?


Notre existence est marquée par l'alternance de la vie conventuelle et des sorties apostoliques. Celles-ci sont plus ou moins fréquentes et prolongées, selon les nécessités, et selon le tempérament de chacun des frères. Dans la vie dominicaine, que Catherine de Sienne qualifiait de « religion toute large, toute joyeuse et toute parfumée » (11), il y a place pour un large éventail au sein d'une même angoisse pour le salut des pécheurs et d'un même enthousiasme apostolique.
Les frères étudiants sont associés à l’apostolat dès la profession. Chacun est prêcheur à sa façon. Tel frère convers, à qui Dieu a donné un talent artistique, prêchera par la beauté qui attire à la vérité. N'oublions pas que Fra Angelico, le patron des artistes, est dominicain ! Ceux qui restent au couvent soutiennent la parole de ceux qui sortent par la prière. L'apostolat est le fait de tout le couvent, l'orientation pour le salut des âmes marque la tonalité de nos travaux conventuels et de notre contemplation.

Quels sont les axes principaux de votre apostolat ?


1. L'approfondissement de la vie chrétienne par les Retraites du Rosaire, ouvertes à tous à partir de dix-huit ans, ou prêchées à des communautés religieuses. Ces retraites constituent, dans la ligne de notre note mariale, l’un de nos apostolats spécifiques. Il y a aussi des récollections et des pèlerinages, comme ceux de la Pentecôte à Chartres ou les camps d'été en France et à l'étranger (jusqu'en Europe de l'Est et au Moyen-Orient). Nous insistons spécialement sur les richesses de la vie de la grâce.
2. La formation doctrinale : aider les chrétiens à avoir une culture religieuse au niveau de leur culture profane, notamment par notre revue Sedes Sapientiæ. Trimestrielle , elle traite de façon abordable de philosophie et de théologie, mais aussi d’actualité religieuse, d’art chrétien, de liturgie, de spiritualité. Nous publions aussi la collection « Classiques spirituels », assurons l’aumônerie de collèges, animons des cafés-caté dans le Quartier latin. Enfin nous aidons l’Association Scoutisme et Résurrection (ASR) et le Rassemblement des Jeunes Catholiques (RJC), et nous participons aux JMJ (Juventutem pour 2005).
3. Une aide à la famille, première cellule de la vie chrétienne : catéchèse pour enfants et adultes ; sessions de fiancés ; accompagnement de foyers (Domus Christiani) ; camps canoë (garçons de 16-17 ans) ; camps-vélo (garçons de 12-15 ans) ; aumôneries scoutes (notamment Europa-Scouts). Nous n’oublions pas les célibataires suivis dans le Cercle des Célibataires Chrétiens.

Pouvez-vous nous parler de l’histoire et de l’esprit de votre revue ?


Sedes Sapientiæ est une revue de culture générale catholique. Elle a eu des débuts très modestes, sous la forme d’un petit bulletin ronéotypé qui contenait un article de spiritualité, un texte d’initiation thomiste, et les nouvelles de notre communauté. A l’été 1987, elle prend sa forme actuelle imprimée, de format modeste, comptant 64 à 112 pages par livraison. L’éditorial de ce numéro 21, la « Lettre à un ami », souligne trois caractères de la publication : – primat de l’intelligence, pour l’approfondissement doctrinal de la foi ; – rigueur contre l’erreur, selon la fonction du sage dessinée par l’Aquinate au début de la Somme contre les Gentils (12) ; – « l’esprit catholique qui est un esprit d’analogie et d’intégration » (13), selon les belles paroles de l’abbé Victor-Alain Berto.
Au début essentiellement réalisée par les frères, Sedes Sapientiæ a vu le nombre et la qualité des contributions extérieures grandir, jusqu’à représenter aujourd’hui plus des deux tiers : universitaires, chercheurs, spécialistes de l’art, philosophes, chroniqueurs, historiens, religieux et théologiens, sans compter quelques cardinaux ou évêques.
L’esprit dans lequel veut travailler la revue est celui de saint Thomas d’Aquin : souligner l’harmonie de la foi et de la raison, cultiver la piété filiale envers l’être historique de l’Eglise, adhérer au Magistère vivant, sans dissentiment qui s’érige en magistère parallèle, sans « la complaisance d’esprit, qui tend à faire de l’autorité, dans des matières de soi soumises à la raison et à la conscience, la règle de la vérité » (14).
Sedes Sapientiæ n’hésite pas à aborder des sujets brûlants dans l’Eglise et la cité, faisant notamment régulièrement le point sur la situation de la mouvance Ecclesia Dei. La revue s’efforce constamment de concilier la rigueur et la clarté sur les enjeux avec le respect des personnes dans la controverse. Elle s’attache surtout à donner la formation de fond aujourd’hui plus indispensable que jamais. Notre public est loin de se réduire au milieu traditionaliste, et atteint des personnes très diverses : étudiants, éducateurs, parents, prêtres, séminaristes, communautés religieuses, professionnels, bibliothèques. Des lecteurs nous disent que la revue est en passe de devenir dans certains milieux un instrument de référence. En tout cas, un haut dignitaire de l’Eglise nous encourageait récemment en nous écrivant : « Votre engagement à diffuser l’enseignement de l’Eglise est un précieux service rendu à la foi ».

Quels types de vocations trouve-t-on dans la vie dominicaine ?


On a dit à juste titre qu'il avait fallu trois saints pour manifester la richesse de la grâce de Dominique. Catherine de Sienne la contemplative, Pierre de Vérone l'apôtre et Thomas d'Aquin le savant : trois rayons sortant de « la grâce unique de notre Père » (15). Catherine de Sienne n'est pas une intellectuelle, et réduire la vie dominicaine à l’étude est contraire à la vérité historique.
Dans la vie d'un couvent, il y a les pères, qui étudient et qui prêchent, chacun selon les modalités qui conviennent à ses aptitudes : homélies, retraites, articles, cours, conférences, confessions, directions spirituelles, aumôneries d’écoles, scoutisme, accompagnements de pèlerinage, etc. Les étudiants qui se préparent à la prêtrise ou au diaconat. Et les frères convers, qui ont la même profession religieuse que les pères. C’est grâce à eux que le couvent est cette « maison de la contemplation » qu'a voulue saint Dominique, et non une résidence de gens affairés ou de remueurs d'idées. Les pères et les étudiants ont un besoin vital de la présence de ces frères au scapulaire noir. Ils participent à l'office choral, s’investissent dans un art ou une technique utile à l’apostolat, collaborent à l’apostolat (catéchisme, accompagnement de camps de jeunes), et le rendent possible par leurs travaux.
Cette complémentarité a été voulue dès les origines. La diversité des dons au service de la prédication nourrit l'affection que la Règle de saint Augustin nous recommande : « Vivez unanimes dans la maison, ayant une seule âme et un seul cœur ». Les frères convers rappellent que la fécondité de l'apostolat découle de la vie cachée en Dieu et du sacrifice de la croix.


fr. Louis-Marie de Blignières
mars 2005

(11) Dialogue, ch. 158, op. cit., p. 275.
(12) Somme contre les Gentils, I, 1.
(13) Pour la sainte Eglise romaine, Paris, éd. du Cèdre, 1976, p. 24.
(14) Abbé V.-A. Berto, Principes de la direction spirituelle, Paris, éd. du Cèdre, 1951, renvoyant à la Somme de théologie, II II, q. 104, a. 5, ad 2.
(15) Bienheureux Jourdain de Saxe, Opusculum primum de initiis Ordinis, n° LX, « le portrait de saint Dominique », trad. par M.-H. Vicaire, o.p., Saint Dominique et la vie apostolique, Paris, éd. du Cerf, 1965, p. 127.

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