| |
|
|
Comment
expliquez-vous aux retraitants le rôle de la Sainte
Vierge dans la rédemption ? |
Dostoïevski a eu cette sentence étonnante : « La beauté sauvera le monde » (5). Sa pensée doit être entendue sur le plan spirituel : c'est le Christ qui sauve les âmes, mais c'est Marie qui les amène au Christ. Aller à Dieu par Marie est plus facile, parce que la Vierge est le condensé maximum de la beauté divine dans la création, et que la beauté est attirante. Marie est certes une pure créature, elle est notre sœur. Mais elle est aussi « la Femme revêtue du soleil » de la Trinité (cf. Ap 12, 1). Bernanos dit qu’elle est « plus jeune que la race dont elle est issue, et bien que Mère par la grâce, Mère des grâces, la cadette du genre humain » (6), car elle est d’avant le péché dont la Rédemption du Christ la préserve. C’est pourquoi elle nous amène au mystère de Dieu avec une douceur et une profondeur inégalables. La retraite du Rosaire a pour but précisément de nous concentrer sur ce rôle salvifique de la Sainte Vierge.
En nos temps troublés où le démon est déchaîné, il est réconfortant de contempler cette créature transparente qui, selon le mot magnifique du cardinal dominicain Cajetan — célèbre commentateur de saint Thomas d’Aquin au XVIe siècle —, « touche aux confins de la divinité » (7). Il est bon de nous laisser enfanter par elle à la grâce et à la gloire. Saint Louis-Marie Grignon de Montfort l’exprime dans son fameux Traité de la vraie dévotion à Marie : « Le Saint-Esprit, par l'entremise de la Sainte Vierge, réduit à l'acte sa fécondité, en produisant en elle et par elle Jésus-Christ et ses membres » (8). Cette attention au rôle de Marie est une note spirituelle propre de notre Fraternité, reconnue par le Saint-Siège dans notre décret d'érection.
|
Avez-vous
d'autres caractéristiques spécifiques ? |
La différence avec l'Ordre des Prêcheurs n'est pas dans la finalité, mais dans les moyens. D’après saint Thomas, cela légitime la différence des Instituts religieux. Un exemple est donné par l’Ordre des Chartreux et la Fraternité des Moines de Bethléem et de l’Assomption, à qui les Chartreux ont reconnu la « paternité de saint Bruno ». Pour nous, nous tâchons de vivre le charisme de saint Dominique :
– dans une vie contemplative structurée par les moyens traditionnels de la vie religieuse (clôture, silence, port de l’habit, observances monastiques) ;
– par une étude de la pensée de saint Thomas d’Aquin, pour sa valeur de vérité et non uniquement d’un point de vue historique ;
– avec, pour la Messe et l’Office, une liturgie propre tirée de la tradition dominicaine (livres liturgiques en vigueur jusqu'à la réforme postconciliaire).
Ces trois « points saillants » sont reconnus dans notre décret d’érection.
Nous tenons à la sagesse des anciens qui nous ont précédés. II y a là un défi lancé à notre médiocrité. Dans la poursuite de la sainteté, nous sommes invités à un esprit de docilité vis-à-vis des moyens de la vie religieuse légués par la tradition. Cette piété filiale n'empêche pas l'ouverture et l'adaptation. Elle ouvre le cœur à la joie du sacrifice, et nous aide à devenir « amoureux de la beauté spirituelle » (9). Concrètement, une vie régulière et une liturgie qui viennent du Moyen-Age ne sont pas incompatibles avec les outils techniques de la modernité, comme Internet et le TGV, ni avec l’intérêt pour les sciences modernes ou les questions d’actualité brûlante !
|
|
C'est une des formes traditionnelles du rit latin. Elle était en vigueur depuis longtemps lorsque saint Pie V (qui était dominicain) unifia en 1570 les variantes en usage dans les diocèses. Il voulut que les rits qui avaient plus de deux siècles d'ancienneté puissent se maintenir. C'est ainsi que certains diocèses (Lyon, Tolède, Milan) et certains ordres religieux (Chartreux, Carmes, Dominicains) ont gardé leur rit propre. Remarquons que ces religieux disaient toujours la messe dans le rit de leur Ordre, même dans le ministère paroissial. Le rit dominicain est assez proche à la messe lue, de la messe romaine traditionnelle. Il en diffère toutefois pour les prières préparatoires, le rit de l'offertoire en une seule présentation des oblats, l'écartement des bras après la consécration, le baiser de paix, la communion du prêtre. Les usages dominicains sont dans l'ensemble plus anciens que ceux de la messe romaine. C'est un rit très beau dans sa sobriété. La messe solennelle est splendide. Elle diffère notablement de la messe romaine, surtout par le rôle accru du diacre et du sous-diacre (avec des lavabos après certaines de leurs fonctions), les amples mouvements symétriques des ministres, le remplissage du calice à la banquette. L'ensemble fait partie des trésors de l'Église d'Occident.
|
Comment se déroule
une journée dans votre couvent ? |
Nous avons la Messe quotidienne (chantée les jours de fête) ; les offices divins de laudes, sexte, vêpres (chantées tous les jours) et complies (chantées tous les jours) ; le silence dans les « lieux réguliers » ; le chapitre des coulpes une fois par semaine ; les jeûnes de l'avent et du carême ; deux demi-heures d'oraison silencieuse.
Les étudiants ont quatre ou cinq heures consacrées à l'étude (Écriture sainte, philosophie, théologie, liturgie, droit canonique, histoire, …). Les frères convers étudient la doctrine catholique, selon ce qui est nécessaire à leur vocation. Le reste de la journée est consacré à la préparation des divers apostolats, à la rédaction d’une revue trimestrielle et aux « obédiences », c’est-à-dire les tâches pratiques nécessaires à la vie commune, selon des « spécialités » variées : jardin, cuisine, bricolage, arts, accueil... Sans oublier les temps de vie fraternelle, les deux récréations quotidiennes, le sport et les promenades.
|
Quel est votre programme d'études ? |
La formation des novices est répartie sur deux ans : compléments catéchétiques, étude des Constitutions de la Fraternité, spiritualité, Ecriture sainte, latin, chant grégorien – le « chant propre de la liturgie romaine » (10). Pour l'art chrétien et la culture générale, nous bénéficions d'intervenants de qualité.
Les frères convers (qui ne se destinent pas au sacerdoce) complètent leur formation technique ou artistique (chant, orgue, reliure, menuiserie... ) et les frères étudiants abordent la philosophie, avec l’IPC (Faculté libre de Philosophie). L'accent est mis sur l'étude des textes du Docteur commun, notamment ses Commentaires d’Aristote, le caractère « architectonique » de sa sagesse, son originalité par rapport aux divers systèmes philosophiques.
Le cycle de théologie est suivi au couvent sous forme de sessions de dogme et de morale données par des professeur extérieurs.
Certains pères acquièrent des diplômes universitaires : à la Sorbonne ou pour la philosophie, à l'Université catholique d'Angers et à l'Université de Fribourg en Suisse pour la théologie. Cela nous permet de constater deux choses. Premièrement, saint Thomas donne une formation féconde, qui manque à beaucoup d'universitaires actuels. Deuxièmement, cette formation thomiste habilite à discerner les erreurs et à saisir les éléments de vérité de la culture moderne. Elle permet une ouverture paisible de l'esprit, sans crispation... et sans complexe.
Tout cela dans la visée apostolique de l’étude voulue par saint Dominique : « Notre étude doit tendre par principe, avec ardeur et de toutes nos forces, à nous rendre capables d'être utiles à l'âme du prochain ».
(5) L’Idiot, IIIe partie, ch. 5, Paris, Hachette, 1972, t. 2, p. 100 ; cité par Jean-Paul II, Lettre aux artistes du 4 avril 1999, in La Documentation catholique, n° 2204, p. 458, note 25.
(6) Journal d’un curé de campagne, Paris, Plon, 1936, p. 259.
(7) Thomas de Vio Cajetan, Commentaire sur la Somme de théologie de saint Thomas d’Aquin, in IIam IIæ, q. 103, a. 4.
(8) Traité de la vraie dévotion à Marie, n° 21.
(9) Règle de saint Augustin.
(10) Concile Vatican II, Constitution Sacrosanctum Concilium sur la liturgie, n° 116.
|
| |
| |
|
|
|